Tunis Re prépare une opération majeure sur son capital. La société tunisienne de réassurance va doubler son capital social, de 100 à 200 millions de dinars, avec l’objectif de renforcer sa capacité de souscription et de conserver une part plus importante des primes actuellement cédées aux rétrocessionnaires.
L’opération, approuvée par l’Assemblée générale extraordinaire du 24 avril 2026 et visée par le Conseil du marché financier (CMF) le 1er septembre, comprend deux volets. Le premier porte sur l’émission de 15 millions d’actions nouvelles au prix de 8 dinars, soit une levée de 120 MDT. Le second prévoit l’attribution gratuite de 5 millions d’actions. La souscription est ouverte du 15 septembre au 2 octobre 2026.
Pour Union Capital, cette opération ne répond pas à un besoin de sauvetage financier. Elle vise plutôt à donner à Tunis Re les moyens de franchir un nouveau palier. En 2025, le résultat technique de la société a plus que doublé pour atteindre 30,1 MDT, tandis que le résultat net a progressé de 26%, à 27 MDT. La tendance s’est poursuivie au premier semestre 2026, avec un résultat technique de 27,6 MDT (+23%) et un résultat net de 24,7 MDT (+41,7%).
Le principal enjeu est désormais la rétention des primes. Selon le business plan présenté dans le prospectus, le taux de rétention passerait d’environ 72% à 79% en 2030. En clair, Tunis Re chercherait à conserver davantage de primes dans son propre bilan plutôt que de les transférer aux rétrocessionnaires. Le chiffre d’affaires devrait, selon ces projections, passer de 243,2 MDT en 2025 à 405,5 MDT en 2030, soit une croissance annuelle moyenne de 10,8%.
L’international constitue également un axe important. En 2025, il représentait 58,3% du chiffre d’affaires de Tunis Re, contre 41,7% pour le marché tunisien. L’Afrique a notamment enregistré une croissance de 12,3%, tandis que le Maghreb progressait de 6%. Union Capital estime que le renforcement des fonds propres pourrait aussi contribuer à améliorer la notation de la société et à faciliter son retour sur certains marchés étrangers. Sur le plan financier, l’opération devrait porter les capitaux propres à environ 414,5 MDT fin 2026 et faire passer le ratio de solvabilité de 158% à 214%, selon les projections retenues. La couverture des provisions techniques par les placements atteindrait également 153,5%.
Pour les investisseurs, le prix de souscription de 8 dinars constitue le principal élément mis en avant par Union Capital. L’intermédiaire estime le cours théorique ex-droit à 10,095 dinars et la valorisation moyenne du titre à 11,05 dinars. Sur cette base, le prix d’émission présente une décote de 38% par rapport à cette estimation. Union Capital recommande ainsi de souscrire à l’opération.
Pour les actionnaires actuels, un point est particulièrement important: le ratio de souscription est fixé à trois actions nouvelles pour quatre anciennes. Les droits attachés aux actions existantes ont une valeur théorique estimée à 4,095 dinars par action ancienne. Selon Union Capital, un actionnaire qui ne souhaite pas participer doit donc envisager de céder ses droits plutôt que de les laisser expirer.
Le pari reste toutefois conditionné à plusieurs facteurs. Union Capital pointe notamment le risque de change, la sinistralité, la notation de Tunis Re et les conditions d’accès aux marchés internationaux. En 2025, les pertes de change nettes ont notamment atteint 21,1 MDT, constituant une source importante de volatilité du résultat.
La réussite de l’opération dépendra donc moins de la seule injection de capitaux que de la capacité de Tunis Re à transformer ces fonds supplémentaires en plus de primes conservées, davantage d’activité internationale et une rentabilité durable des capitaux engagés. Il s’agit, en définitive, d’un pari sur le changement d’échelle de la société plutôt que sur son redressement financier.
Les projections et recommandations citées dans cet article sont celles d’Union Capital et ne constituent pas une garantie de performance future. La note précise elle-même que les investisseurs doivent évaluer l’opération au regard de leur propre stratégie et de leur situation financière.









