Le système bancaire tunisien s’apprête à mettre en œuvre, à partir du 1er octobre 2026, un nouveau mécanisme de “crédits sur l’honneur” destinés à faciliter l’accès au financement sans intérêts. Selon l’agence tap, le dispositif, prévu par la loi n°41 de 2024, est encadré par le décret n°2026-148 du 23 juillet 2026 et la circulaire n°8-2026 de la Banque centrale de Tunisie (BCT), publiée le 1er septembre 2026.
Ces crédits seront accordés sans intérêts, garanties, frais de dossier ni commissions bancaires. D’après la même source, le remboursement pourra s’étaler sur une période maximale de deux ans, avec une période de grâce pouvant atteindre six mois.
Le mécanisme prévoit un plafond de 5.000 dinars pour les particuliers, 10.000 dinars pour les PME et 25.000 dinars pour les sociétés communautaires. Les demandes devront être déposées exclusivement via une plateforme numérique dédiée.
Afin d’assurer l’alimentation de cette ligne de financement, les banques sont tenues d’affecter au moins 8 % de leurs bénéfices de l’exercice précédent aux crédits sur l’honneur.
En effet, la mesure intervient dans un contexte marqué par un niveau encore limité de bancarisation en Tunisie. Selon l’expert bancaire Mohamed Nkhili, le taux d’accès aux services bancaires se situe autour de 36 %.
Les données de la Banque mondiale pour 2024 indiquent, pour leur part, que 37 % des Tunisiens disposent d’un compte auprès d’une institution financière. Le taux est encore plus faible chez les femmes, à 29 %, et chez les personnes appartenant aux catégories de revenus les plus modestes, à 32 %.
Dans le même temps, la BCT recensait plus de 10,6 millions de comptes bancaires à fin 2024. Leur nombre n’a toutefois progressé que de 1,6 % en moyenne sur la période 2020-2024.
Pour Mohamed Nkhili, l’obligation de disposer d’un compte bancaire pour accéder au nouveau financement pourrait justement pousser une partie des personnes opérant essentiellement en espèces, notamment dans le secteur informel, à intégrer davantage le circuit bancaire.
Une portée limitée face à l’ampleur du défi
L’impact du dispositif sur l’inclusion financière reste toutefois sujet à débat. L’expert-comptable et spécialiste bancaire Sofiène Werimi estime que le mécanisme ne suffira pas, à lui seul, à réduire significativement l’exclusion financière.
Selon son estimation, les 8 % des bénéfices bancaires au titre de l’exercice 2025 représenteraient environ 120 millions de dinars, soit une enveloppe permettant de financer au maximum quelque 12.000 bénéficiaires, sur la base d’un montant moyen de 10.000 dinars.
À cette contrainte s’ajoutent les critères de solvabilité. Malgré l’absence de garanties et d’intérêts, les banques devront continuer à vérifier la capacité de remboursement des demandeurs.
Cette exigence pourrait écarter une partie des personnes précisément visées par le dispositif, notamment celles dont les revenus sont irréguliers ou qui exercent dans l’informel.
Le cas de Wassim Sebaï, 30 ans, employé dans une épicerie au Bardo, illustre cette difficulté. Souhaitant obtenir 3.500 dinars pour acheter une moto et se lancer dans la livraison afin de compléter ses revenus, il avait écarté la microfinance en raison du coût des crédits.
Il envisageait alors d’ouvrir un compte bancaire pour bénéficier du nouveau mécanisme sans intérêts. Mais son statut de travailleur journalier l’a finalement rendu inéligible au dispositif.
Le lancement des crédits sur l’honneur ouvre ainsi une nouvelle voie de financement à coût nul, mais leur capacité à toucher les populations les plus éloignées du système bancaire dépendra largement des critères d’éligibilité et de leur mise en œuvre effective.








