La livraison par drone gagne du terrain en Afrique et commence à dépasser le seul secteur de la santé. En Côte d’Ivoire, le gouvernement vient de franchir une nouvelle étape avec l’américain Zipline, en validant un partenariat public-privé portant sur le déploiement d’un réseau de 10 centres de stockage et de distribution de produits médicaux.
Le projet, signé en décembre 2025, sera déployé en deux phases. La première prévoit un centre pilote à Daloa et trois autres sites à Biankouma, San Pedro et Kouto. Six centres supplémentaires sont ensuite prévus dans plusieurs régions, dont le district d’Abidjan. Le dispositif doit notamment faciliter l’acheminement de produits sanguins et d’intrants médicaux vers des établissements difficiles d’accès. Le financement combine un don américain destiné aux infrastructures et une prise en charge des prestations par l’État ivoirien. Cette expérience illustre un modèle qui se développe déjà dans plusieurs pays africains : utiliser des drones pour transporter rapidement de petites quantités de marchandises lorsque le transport terrestre devient trop lent, difficile ou coûteux.
Le prochain marché pourrait être celui du colis commercial. Zipline avait déjà conclu en 2022 un partenariat avec Jumia pour tester la livraison de produits commandés en ligne par drone. Des essais avaient été menés au Ghana, avec l’objectif d’étendre ensuite le dispositif à la Côte d’Ivoire et au Nigeria. L’intérêt est particulièrement marqué pour le dernier kilomètre, qui reste l’un des points faibles de la chaîne logistique africaine. Routes difficiles, congestion urbaine et dispersion des clients peuvent rendre certaines livraisons coûteuses. Dans ce contexte, le drone peut compléter les moyens terrestres plutôt que les remplacer. Le marché potentiel est loin d’être négligeable. Selon Mobility Foresights, la livraison de colis par drone en Afrique pourrait passer de 280 millions de dollars en 2025 à 1,62 milliard de dollars en 2031, soit une croissance annuelle moyenne estimée à 33,4 %. Ces projections reposent notamment sur la progression du commerce électronique et les besoins croissants en solutions de livraison du dernier kilomètre.
Un marché encore sous contraintes
Le développement commercial des drones reste toutefois conditionné par plusieurs facteurs. Leur capacité de charge limite leur intérêt pour les marchandises lourdes, tandis que les conditions météorologiques peuvent perturber les opérations. À cela s’ajoutent les investissements nécessaires dans les appareils, les infrastructures, les logiciels et la maintenance. La réglementation constitue également un enjeu majeur, notamment pour les vols au-delà de la ligne de vue du pilote. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) prévoit à ce titre des exigences spécifiques en matière de sécurité, d’autorisation et de gestion de l’espace aérien. Le scénario le plus crédible n’est donc pas celui d’une disparition des camions ou des motos au profit des drones. Les deux modèles pourraient plutôt fonctionner ensemble : le transport terrestre pour les volumes importants et les drones pour certains trajets urgents, difficiles d’accès ou particulièrement sensibles au facteur temps. Pour les opérateurs logistiques et les acteurs du e-commerce, l’enjeu est désormais de déterminer où cette technologie apporte un véritable avantage économique. En Afrique, le drone pourrait ainsi passer progressivement du statut d’outil spécialisé à celui de maillon complémentaire de la chaîne logistique.









