SpaceX veut changer d’échelle dans la course mondiale à l’intelligence artificielle. Elon Musk ambitionne de porter la capacité informatique de l’entreprise à environ 13 gigawatts d’ici fin 2027, soit une puissance comparable, selon les estimations du cabinet SemiAnalysis, à celle que Google aurait développée sur près de 27 ans. Un objectif particulièrement ambitieux qui illustre l’accélération des investissements dans les infrastructures nécessaires à l’IA.
Lors de la présentation des résultats du troisième trimestre 2026, le dirigeant a indiqué que SpaceX devrait disposer de 2,5 à 3 GW de capacité informatique à la fin de cette année, avant d’ajouter environ 10 GW supplémentaires en 2027. Au 30 septembre, l’entreprise avait déjà atteint 1,7 GW, contre 1,4 GW à la fin du deuxième trimestre. Cette montée en puissance repose notamment sur le développement de ses centres de données Colossus, hérités de l’acquisition de xAI finalisée en février 2026. L’enjeu dépasse toutefois la construction de simples centres de données. SpaceX cherche à devenir un fournisseur majeur de puissance de calcul pour les entreprises qui développent des modèles d’intelligence artificielle. Les contrats signés avec des acteurs du secteur illustrent cette nouvelle orientation. Google, par exemple, s’est engagé à payer 920 millions de dollars par mois pour accéder à environ 110 000 processeurs graphiques Nvidia, à partir d’octobre 2026. Anthropic figure également parmi les clients de ses infrastructures.
En septembre, SpaceX a annoncé un quatrième accord de location de capacité informatique, estimé à 13,3 milliards de dollars par an. D’après les informations communiquées par son directeur financier, les quatre contrats représentent désormais 41,1 milliards de dollars de revenus annuels potentiels. Il s’agit de montants contractuels prévisionnels, et non de revenus déjà encaissés. Cette diversification commence à peser dans les résultats. Au troisième trimestre 2026, le segment Super Intelligence de SpaceX a généré environ 7,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires, porté notamment par les contrats de services informatiques et le développement de ses activités liées à l’IA.
Mais cette expansion soulève une question centrale: celle de l’énergie nécessaire pour faire fonctionner ces infrastructures. Les centres de données consomment d’importantes quantités d’électricité et d’eau pour alimenter et refroidir leurs équipements. À Memphis, où se trouve Colossus 2, xAI fait notamment face à des contestations liées à l’utilisation de turbines à gaz pour produire de l’électricité. En juillet 2026, Reuters a rapporté que 59 turbines avaient été installées sans les autorisations fédérales requises, selon des échanges avec les autorités réglementaires. La contestation dépasse désormais les seules questions environnementales. Les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre 2026 ont renforcé les positions des responsables politiques opposés à l’expansion incontrôlée des centres de données. Plusieurs candidats favorables à des restrictions ont remporté des scrutins importants, tandis que des initiatives locales visant à limiter ces installations ont également obtenu un soutien significatif. Cette évolution pourrait compliquer les autorisations et ralentir certains projets d’infrastructure.
Parallèlement, la course à l’informatique ne se limite plus à la Terre. SpaceX envisage de lancer des satellites expérimentaux dédiés au calcul de l’IA en orbite à partir de fin 2027, avec une montée en puissance envisagée en 2028. Google travaille également sur cette perspective avec son projet Suncatcher. Son premier satellite prototype, lancé le 1er octobre 2026, teste déjà le fonctionnement de ses processeurs spécialisés dans l’espace.
Pour SpaceX, le défi est donc double: construire suffisamment vite pour répondre à une demande mondiale croissante en puissance de calcul, tout en sécurisant l’approvisionnement énergétique et les infrastructures nécessaires. Dans cette nouvelle bataille technologique, la capacité à développer des modèles d’IA ne suffit plus. La maîtrise des centres de données, de l’électricité et des capacités de calcul devient elle-même un avantage concurrentiel stratégique.









