Le Maroc prépare la production de carburant d’aviation durable (SAF) à Nador West Med. Etce, avec une unité industrielle estimée à 239 millions de dollars et une capacité projetée de 200 000 tonnes par an. Pour info, selon le communiqué du cabinet royal du 28 octobre, le complexe portuaire et industriel a mobilisé 54 milliards de dirhams d’investissements publics et privés. A fortiori, cette zone accueille déjà une usine en activité et trois autres en construction. Les investissements privés annoncés dans cette composante atteignent 12 milliards de dirhams, selon les informations publiées par la presse économique marocaine.
L’installation doit transformer des huiles de cuisson usagées, des graisses animales et d’autres matières grasses résiduelles en carburants renouvelables. Sa mise en service est prévue en octobre 2028. Le 2 novembre 2026, Green Sky Manara, filiale de Green Sky Capital, a conclu un accord d’achat à long terme avec Shell Trading Rotterdam. Le contrat porte sur environ 150 000 tonnes par an de carburant d’aviation durable ou un volume équivalent de diesel renouvelable. Cet engagement commercial représente les 3quarts de la capacité annuelle projetée. La commercialisation des volumes restants constituera un enjeu supplémentaire pour l’exploitant, qui devra trouver d’autres débouchés à l’international. L’intérêt économique du projet tient notamment à la réglementation européenne. Depuis janvier 2025, le règlement ReFuelEU Aviation impose une incorporation minimale de 2% de carburants d’aviation durables dans les approvisionnements des aéroports de l’Union européenne. Ce taux passera à 6% en 2030, puis à 70% en 2050. Cette progression ouvre des perspectives aux producteurs établis hors de l’Union, sous réserve du respect des critères européens de durabilité et de certification. par ailleurs, la proximité du Maroc avec le marché européen et les infrastructures portuaires de Nador West Med constituent des atouts pour l’exportation. La compétitivité de la future usine dépendra toutefois du coût de fabrication, de la disponibilité des matières premières et de la traçabilité de leur origine.
C’est précisément sur l’approvisionnement que se concentre l’une des principales difficultés du projet. Le procédé HEFA (Hydroprocessed Esters and Fatty Acids) transforme les huiles et les matières grasses en carburants grâce à un traitement à l’hydrogène. Green Sky Capital prévoit de développer un réseau national de collecte des huiles alimentaires usagées et des graisses résiduelles. Les ressources locales devraient cependant être complétées par des importations. Selon les éléments rapportés par plusieurs médias, environ 60% des huiles nécessaires pourraient provenir de l’étranger. Cette dépendance pose la question de l’intégration locale de la future filière. La transformation sera réalisée au Maroc, mais une part importante des intrants pourrait être importée. Le développement de circuits nationaux de collecte et de valorisation des déchets sera donc essentiel pour accroître la valeur ajoutée locale. Le financement reste également à consolider. D’ailleurs, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) envisage un prêt pouvant atteindre 135 millions de dollars, réparti entre une première tranche de 85 millions et une seconde de 50 millions encore non engagée. Le dossier demeure au stade exploratoire, ce qui laisse le bouclage financier parmi les prochaines étapes déterminantes.


