«La data, c’est le nouveau pétrole», une expression qui prend de l’ampleur dès qu’on parle de données. Cette comparaison s’invite fréquemment, au regard de l’importance de leur valeur stratégique dans l’économie actuelle.
À l’opposé des ressources classiques, les données ne s’épuisent pas à l’usage: leur valeur se révèle et s’enrichit lorsqu’elles sont analysées et partagées. De leur collecte à leur exploitation, en passant par leur traitement et leur stockage, chaque étape du cycle de vie des données contribue à créer de la valeur. Selon le Rapport économique sur l’Afrique 2026 de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, ce potentiel pourrait s’affirmer comme un véritable catalyseur de transformation économique, technologique et sociale pour le continent.
Le véritable enjeu se situe dans le fait que la plupart des données africaines sont stockées dans des centres de données étrangers. Le continent produit la ressource, mais l’essentiel de la valeur qui en découle est capté ailleurs. Les implications sont tout autant stratégiques qu’économiques, puisqu’elles concernent la sécurité nationale, la confidentialité des informations, les menaces cybernétiques et la dépendance à l’égard des technologies étrangères.
Le problème tient aussi à la faiblesse des capacités locales. Les infrastructures de stockage restent limitées, les coûts de traitement élevés et les données trop dispersées pour être pleinement exploitées. Dans le même temps, les moyens publics sont fragiles: dans de nombreux pays, les systèmes informatiques nécessaires à la lutte contre la cybercriminalité sont encore insuffisants.
Le rapport propose toutefois une autre approche, qui mise sur un atout dont dispose l’Afrique: l’énergie. Les centres de données sont très énergivores, tandis que l’Afrique possède 60% des meilleures ressources solaires au monde. Le rapport recommande de combiner ces deux objectifs en investissant à la fois dans les infrastructures numériques et dans la production d’énergie solaire. Les centres de données pourraient s’engager à acheter l’électricité produite afin de sécuriser les revenus et de faciliter le financement des projets.
La mise en place d’un cadre adapté reste nécessaire. Elle passe par des lois efficaces, des institutions solides, une coopération entre les États, les entreprises et la société civile, ainsi que des investissements dans les technologies numériques. Mais leur développement dépend aussi d’infrastructures fiables, comme l’électricité, les transports et les réseaux de communication.
L’enjeu est de taille. Sans maîtrise de ses données, l’Afrique risque de reproduire dans le numérique le même schéma que dans l’exploitation de ses matières premières: fournir des ressources sans en maîtriser la valeur.









