Avec 1% de sa population en situation de pauvreté multidimensionnelle, la Tunisie figure parmi les pays africains les moins touchés par ce phénomène, derrière les Seychelles. À l’autre extrémité du continent, plusieurs pays affichent des taux qui dépassent 70 %. À l’échelle mondiale, le constat est plus préoccupant: 1,2 milliard de personnes vivent dans une pauvreté qui ne se résume pas au manque de revenus.
La pauvreté mondiale repart à la hausse. Selon la mise à jour 2026 de l’Indice mondial de pauvreté multidimensionnelle (IPM), publiée le 12 octobre par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Initiative Oxford sur la pauvreté et le développement humain (OPHI), 1,2 milliard de personnes sur les 6,3 milliards couvertes par l’étude vivent dans une situation de pauvreté multidimensionnelle aiguë. Cela représente 18,9 % de la population des 108 pays étudiés. Cette augmentation, de 51,5 millions de personnes par rapport à la précédente mise à jour à périmètre comparable, constitue une première depuis le lancement de l’indice en 2010. Le rapport souligne toutefois que cette évolution reflète à la fois les nouvelles enquêtes disponibles, les changements démographiques et l’évolution des conditions de vie.
La Tunisie dans le haut du tableau africain
Avec un taux de pauvreté multidimensionnelle de 1 %, la Tunisie se place au deuxième rang des pays africains les moins touchés, derrière les Seychelles, où le taux est estimé à 0,9 %, selon les données de l’IPM 2026. Les autres pays africains affichant des taux relativement faibles comprennent l’Algérie, à 1,4 %, l’Égypte, à 1,5%, et la Libye, à 2 %. L’Afrique du Sud et le Maroc se situent respectivement à 6,3 % et 6,4 %. Ces chiffres placent la Tunisie dans une position favorable au regard des privations mesurées par l’indice. Ils ne signifient pas pour autant que le pays est exempt de pauvreté ou d’inégalités. Le taux de l’IPM ne mesure ni le chômage, ni le pouvoir d’achat, ni toutes les formes de précarité économique. Les données tunisiennes reposent sur une enquête de 2023. Selon le profil national du PNUD, environ 119 000 personnes étaient alors considérées comme multidimensionnellement pauvres, tandis que 345 000 autres étaient vulnérables à ce type de pauvreté. Autrement dit, une partie de la population reste exposée au risque de basculer dans une situation de privations multiples.
La situation est radicalement différente dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Les données nationales disponibles font apparaître des niveaux très élevés de pauvreté multidimensionnelle, notamment au Tchad, au Niger et en République centrafricaine. Au Tchad, l’IPM atteint 0,517 et 84,2 % de la population est considérée comme multidimensionnellement pauvre, selon les estimations fondées sur une enquête de 2019. Au Niger, le taux atteint 79,9 %, tandis qu’il s’élève à 80,4 % en République centrafricaine, selon les données nationales reprises dans les tableaux statistiques de l’indice. Ces niveaux traduisent l’accumulation de privations dans plusieurs domaines essentiels : scolarisation, nutrition, accès à l’électricité, eau potable, assainissement et conditions de logement. Ils mettent aussi en évidence les difficultés structurelles auxquelles ces économies sont confrontées pour développer leur capital humain et améliorer les conditions de vie. À l’échelle régionale, l’Afrique subsaharienne concentre 616 millions de personnes en situation de pauvreté multidimensionnelle, soit 51,4 % de sa population. C’est la région du monde la plus touchée selon le rapport 2026.
L’IPM est un indicateur composite, et non un classement officiel de la richesse ou de la performance économique des pays. Les enquêtes nationales utilisées ne sont pas toutes réalisées la même année : les résultats du Tchad, par exemple, reposent sur des données de 2019, alors que ceux de la Tunisie se fondent sur une enquête de 2023. La comparaison des taux permet de situer les pays les uns par rapport aux autres, mais elle ne constitue pas une photographie simultanée de leurs situations sociales. Il faut également distinguer la pauvreté multidimensionnelle de la pauvreté monétaire, qui mesure la proportion de personnes vivant sous un seuil de revenu donné.









