En Tunisie, l’eau est devenue une donnée agricole à part entière. Pour un exploitant, savoir quand irriguer, quelle parcelle traiter et dans quelle quantité peut peser directement sur les coûts comme sur le rendement. C’est dans cette équation que RoboCare, entreprise tunisienne fondée en 2020 à Sfax, cherche à inscrire sa plateforme d’agriculture de précision.
Son terrain de jeu ne se limite plus à la Tunisie. RoboCare cherche également à développer sa présence au Maghreb, notamment en Algérie, où elle a récemment participé au salon SIPSA Filaha Agrofood et multiplié les échanges avec des acteurs agricoles et agro-industriels locaux.
La solution réunit images satellites, capteurs connectés, drones et équipements d’irrigation. L’objectif est de donner à l’agriculteur une lecture plus fine de ses parcelles et de l’aider à intervenir avant qu’un problème ne se traduise par une perte de production. L’enjeu est particulièrement concret dans un pays soumis à une pression croissante sur ses ressources hydriques. À l’échelle mondiale, la FAO estime que l’agriculture représente 72% des prélèvements d’eau douce. Pour les exploitations tunisiennes, cette contrainte s’ajoute à l’irrégularité des pluies, à la hausse des températures et au coût des intrants.
Une nouvelle façon de piloter les cultures
RoboCare s’appuie sur l’imagerie satellitaire pour suivre l’évolution des parcelles. Les images permettent notamment de calculer le NDVI, indicateur utilisé pour apprécier la vigueur de la végétation, ainsi que d’autres indices liés à la chlorophylle ou au stress hydrique. Ces informations sont croisées avec celles de capteurs installés dans le sol. Les modèles 7-en-1 proposés par la plateforme mesurent notamment l’humidité, la température, le pH et la conductivité électrique.
L’intérêt, sur le terrain, est de pouvoir cibler les zones qui méritent une vérification. Une parcelle qui paraît homogène peut présenter des écarts importants d’humidité ou de croissance. Le suivi de plusieurs dates permet aussi de repérer une évolution progressive plutôt qu’une anomalie ponctuelle.
Pour une exploitation tunisienne, cette lecture peut être particulièrement utile lorsqu’il s’agit de raisonner l’irrigation. Au lieu de considérer la parcelle comme un ensemble uniforme, l’agriculteur dispose d’éléments pour ajuster son intervention selon les besoins observés.
Quand la technologie rencontre le terrain
RoboCare ne s’arrête pas au diagnostic. La plateforme peut être connectée aux électrovannes et aux variateurs de vitesse des pompes afin d’automatiser certains scénarios d’irrigation. Les drones peuvent également intervenir pour des opérations de pulvérisation ou de fertilisation ciblées. La technologie vient alors compléter le travail de l’agriculteur plutôt que s’y substituer. Les cas d’usage présentés par RoboCare donnent une idée de cette approche. Une baisse inhabituelle d’un indice de végétation peut conduire à rechercher un stress hydrique. Une évolution différente entre deux dates peut attirer l’attention sur une attaque de ravageurs. Une chute localisée du NDVI peut encore orienter les vérifications vers une fuite d’eau. Le principe est toujours le même : repérer plus tôt pour pouvoir vérifier plus vite.
Pour la Tunisie, l’intérêt de ces outils se mesure donc moins au nombre de technologies embarquées qu’à leur capacité à répondre à des problèmes très concrets. L’eau reste le premier sujet, mais la maîtrise des intrants, le suivi des cultures et la limitation des pertes entrent aussi dans l’équation. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de numérisation de l’agriculture. Les satellites permettent désormais d’observer régulièrement de vastes superficies, tandis que les capteurs rendent accessibles des informations qui étaient auparavant difficiles à obtenir en continu.
*Rappelons qu’en juin 2026, l’entrée de 216 Capital au capital de RoboCare, à travers un investissement à six chiffres, a d’ailleurs été présentée comme un soutien à son développement en Afrique et au Moyen-Orient.
RoboCare propose plusieurs niveaux de services, depuis la surveillance satellitaire jusqu’aux offres intégrant alertes, zonage des parcelles, recommandations et équipements connectés. Pour l’agriculteur tunisien, la question reste finalement très terre à terre: combien d’eau utiliser, où intervenir et à quel moment? La valeur de la donnée se mesure alors à sa capacité à apporter une réponse suffisamment précise pour éclairer ces décisions.









