«Toutes les entreprises ne sont pas prêtes à exporter. Aller sur un marché sans préparation peut même mettre une entreprise en danger». C’est le principal avertissement lancé par Naila Abbas, experte en facilitation de l’accès aux marchés à l’UNIDO, lors d’un panel consacré au commerce numérique, à l’accès aux marchés de la Zlecaf et à la préparation des entreprises dirigées par des femmes à l’export, organisé dans le cadre de la 7e COMFWB Regional Trade Fair and Business Conference à Tunis.
Pour l’experte de l’ONUDI, l’ouverture du marché africain représente une opportunité considérable. La Zlecaf constitue «la plus grande zone de libre-échange au monde», avec plus d’un milliard de consommateurs et un PIB combiné de 2 500 milliards de dollars. Pourtant, de nombreuses PME, en particulier celles dirigées par des femmes, peinent encore à tirer parti de ce potentiel.
Selon elle, les obstacles ne sont pas différents de ceux rencontrés par les hommes, mais ils pèsent davantage sur les entreprises féminines, généralement de plus petite taille et disposant de ressources plus limitées. La première étape consiste donc à s’assurer que l’entreprise est réellement prête à exporter. Cela passe notamment par la conformité des produits aux normes sanitaires et de qualité, l’obtention des certifications exigées, la mise en place de systèmes de traçabilité ainsi qu’une capacité de production suffisante pour répondre à une commande internationale.
«Trouver un acheteur ne suffit pas. Il faut aussi être capable de produire les volumes demandés et disposer du financement nécessaire pour honorer les commandes», a souligné Naila Abbas, évoquant le cas d’une entrepreneure incapable de répondre à un important contrat faute de capacité de production.
L’experte a également insisté sur le manque d’information dont souffrent encore les entreprises africaines. Des consultations menées auprès de plus de 120 associations de femmes entrepreneures ont montré qu’il est parfois plus simple de commercer avec l’Europe ou la Chine qu’avec un pays africain voisin, faute d’informations fiables sur les marchés du continent. Pour y remédier, elle recommande de s’appuyer sur les outils numériques, les plateformes d’intelligence de marché de l’International Trade Centre (ITC) ainsi que sur l’intelligence artificielle afin d’identifier les marchés porteurs, comprendre les réglementations locales et préparer une stratégie d’exportation.
Au-delà de l’information, la formation reste un enjeu majeur. Les entrepreneures doivent maîtriser les mécanismes de fixation des prix à l’export, les Incoterms, les coûts logistiques, les assurances ou encore les procédures douanières avant de se lancer sur un marché étranger. L’accès au financement progresse toutefois, selon Naila Abbas. Elle a indiqué que plusieurs bailleurs internationaux financent désormais directement les PME à travers des appels à projets offrant des subventions comprises entre 10 000 et 200 000 euros. Ces financements permettent d’investir dans les équipements, d’améliorer la qualité des produits ou encore de financer la prospection commerciale. Grâce à cet accompagnement, une dizaine d’entreprises accompagnées par l’ONUDI sont désormais prêtes à exporter vers la Côte d’Ivoire, notamment dans les secteurs des cosmétiques, des huiles essentielles et des épices.
De son côté, Jihene Bouzguine, CEO de JOWA, femme entrepreneure, a partagé son expérience d’entrepreneure en identifiant quatre principaux obstacles à l’export: le financement, les aspects juridiques, les ressources humaines et l’accès à l’information. «Ce qui fait la différence entre deux entrepreneurs, c’est la capacité à trouver l’information», a-t-elle estimé. Elle a rappelé que de nombreux programmes internationaux financent les voyages de prospection, les formations ou les démarches d’internationalisation, mais que beaucoup d’entreprises ignorent encore leur existence.
L’entrepreneure a également insisté sur la nécessité de sécuriser les transactions internationales en maîtrisant les réglementations propres à chaque pays, en formalisant les contrats et en vérifiant la fiabilité des partenaires commerciaux avec l’appui d’organismes spécialisés tels que les agences de promotion des exportations ou les représentations diplomatiques.
Pour Fanja Razakaboana, COMFWB Chapter Madagascar, la digitalisation constitue désormais un levier indispensable pour accéder aux marchés africains, même si la fracture numérique demeure une réalité dans plusieurs pays. Elle a plaidé pour un accompagnement renforcé des entreprises dans leur transformation numérique et leur mise en conformité réglementaire, tout en citant l’exemple de Madagascar, qui a récemment lancé un portail numérique permettant aux entreprises d’accéder aux informations sur les procédures d’importation, d’exportation, les taxes et les réglementations commerciales.
Enfin, la représentante malgache a souligné que les réseaux régionaux comme le COMFWB constituent un atout majeur pour les entrepreneures africaines. «Seule, une femme entrepreneure ne peut pas lever toutes les barrières. En mutualisant nos efforts au sein de réseaux régionaux, nous pouvons accéder plus rapidement aux marchés et partager les informations dont nous avons toutes besoin», a-t-elle conclu.









