Face à des représentants des secteurs public et privé, des institutions financières et des bailleurs de fonds, le président de la FTTH, Haithem Bouagila, a lancé un appel à des réformes «précises et urgentes» pour éviter un décrochage du textile tunisien. Réduction du coût du crédit, modernisation du code des changes, simplification des procédures douanières et amélioration du climat d’investissement figurent parmi les priorités défendues par la profession, qui a présenté vendredi 19 juin sa feuille de route 2026-2036 visant une progression de 50% des exportations du secteur.
Aujourd’hui, avec un environnement international de plus en plus concurrentiel, la profession estime que l’avenir du textile tunisien dépend désormais autant des efforts des industriels que de la capacité de l’État à accélérer plusieurs réformes jugées prioritaires. Au nom du secteur, la FTTH a formulé six demandes urgentes: réduire le coût du financement, instaurer un cadre fiscal favorable aux investissements technologiques et durables, optimiser les procédures douanières et logistiques, moderniser le code des changes, adapter le droit du travail aux spécificités de l’industrie et simplifier le parcours de l’investisseur. Selon Haithem Bouagila, la réactivité constitue aujourd’hui le principal avantage compétitif de la Tunisie face aux pays asiatiques à bas coûts. Or, cet atout est affaibli par les lenteurs administratives et logistiques. «Chaque jour perdu en formalités douanières et logistiques est très concrètement un client perdu au profit d’un concurrent plus rapide», a-t-il déclaré.
Le président de la FTTH a également insisté sur la nécessité d’accélérer la réforme du code des changes afin de permettre aux entreprises tunisiennes «d’acheter et de vendre à la vitesse du commerce mondial». Il a plaidé pour davantage de visibilité et de stabilité réglementaire, estimant que les investisseurs ont besoin «de visibilité plus encore que d’avantages». Ces revendications accompagnent le lancement du nouveau plan d’action sectoriel 2026-2036. La fédération considère que le secteur souffre moins d’un problème de production que d’un problème de modèle économique. «Nous n’avons pas un problème de travail, nous avons un problème de modèle. Et un modèle, ça se change», a affirmé Haithem Bouagila. La stratégie présentée vise à sortir de la concurrence basée sur les prix pour miser davantage sur la valeur ajoutée, les textiles techniques, l’innovation et la durabilité. L’objectif est de positionner la Tunisie comme une plateforme textile premium de proximité pour l’Europe et comme une référence régionale dans les textiles techniques, médicaux et professionnels.
Le plan fixe plusieurs objectifs à l’horizon 2036: une hausse de 50% des exportations, une augmentation de 25% de la valeur ajoutée locale, une part des textiles techniques portée à 45% de l’activité du secteur, une progression de 30% des emplois qualifiés et un programme d’investissement de 1,35 milliard d’euros. Pour accompagner cette transformation, la FTTH propose également la création d’un Fonds national de modernisation industrielle réunissant l’État, les institutions financières et les partenaires internationaux.
Selon Haithem Bouagila, le secteur représente aujourd’hui plus de 4,5 milliards de dinars d’exportations lorsqu’on inclut les textiles techniques destinés notamment aux industries automobile, aéronautique et médicale. Une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour la Tunisie grâce aux nouvelles attentes des donneurs d’ordre européens en matière de proximité, de traçabilité et de durabilité. «Le vent tourne pour une fois en notre sens», a-t-il estimé, tout en avertissant que cette opportunité pourrait rapidement profiter à d’autres pays si les réformes attendues tardent à se concrétiser.









