Après 8 ans d’absence, la conférence annuelle de l’Association tunisienne des investisseurs en capital (ATIC) a signé un retour remarqué en juin 2026 à Tunis. Sous la présidence de Selma Ben Hamida, l’événement ne s’est pas limité à une reprise de calendrier. Dans son intervention, la présidente a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un “acte délibéré”, celui d’un secteur qui choisit de reprendre pleinement sa place dans le débat économique et institutionnel après une période de turbulences.
Elle a rappelé que le capital-investissement n’est pas un acteur financier comme les autres, mais un mécanisme de transformation économique reposant sur l’apport en fonds propres et un accompagnement stratégique des entreprises. Un rôle qui, selon elle, devient d’autant plus essentiel dans un contexte où les besoins de restructuration et de développement restent importants.
Les chiffres présentés lors de la conférence illustrent cette dynamique. En 2025, le secteur a mobilisé 709 MDT de fonds levés et investi 740 MDT dans l’économie tunisienne. Plus de 223 entreprises ont été financées, permettant la création ou le maintien de plus de 5 800 emplois. La présidente a également souligné la montée en puissance du capital-retournement, devenu un axe central du secteur, représentant près de 40% des investissements totaux, contre 30% trois ans auparavant, avec 204 MDT consacrés aux opérations de restructuration.
Mais ce tableau positif est accompagné d’une alerte claire. L’ATIC a mis en garde contre l’échéance, prévue fin 2026, des incitations fiscales mises en place par la loi de 2019. Ces dispositifs, qui facilitent l’orientation de capitaux privés vers les entreprises en difficulté, sont jugés essentiels pour la stabilité du financement de l’économie réelle. L’association plaide ainsi pour leur reconduction jusqu’en 2031 dans le cadre de la loi de finances 2027, afin de garantir la visibilité nécessaire à des cycles d’investissement longs, souvent compris entre 5 et 7 ans.
Au-delà des enjeux fiscaux, la vision portée lors de cette édition s’inscrit dans une logique de transformation plus large. L’ATIC met en avant trois priorités structurantes: renforcer l’attractivité de la Tunisie comme place de référence pour le capital-investissement, développer les fonds à impact notamment ESG afin d’aligner investissement et développement durable, et consolider le rôle des Sicar régionales pour mieux irriguer les territoires et répondre aux besoins des entreprises dans les régions intérieures.
La conférence a également été marquée par un moment de reconnaissance et de transmission. Les anciens présidents de l’ATIC ont été honorés par la remise de trophées, symbole d’une continuité institutionnelle et d’un travail de structuration construit sur le temps long. Dans cette séquence, l’association a voulu rappeler que le secteur s’est consolidé progressivement grâce à l’engagement de plusieurs générations d’acteurs.
Entre bilan économique, plaidoyer fiscal et hommage institutionnel, cette édition 2026 s’impose ainsi comme un tournant. Elle confirme la volonté du capital-investissement tunisien de se positionner comme un levier central de financement, mais aussi comme un acteur engagé dans la transformation durable de l’économie du pays.










