Confronté à une sécheresse persistante et à une pression croissante sur ses ressources hydriques, le Maroc accélère sa transition vers de nouvelles solutions d’approvisionnement en eau. Le gouvernement a dévoilé une nouvelle stratégie nationale de sécurité hydrique, avec pour ambition de porter la production annuelle d’eau dessalée à 1,7 milliard de mètres cubes d’ici 2030. Présenté mardi par Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, ce programme vise à anticiper les effets du changement climatique et à répondre à la hausse des besoins nationaux.
Le dessalement constitue le principal levier de cette feuille de route. La capacité nationale est passée de 46 millions de mètres cubes en 2021 à 447 millions aujourd’hui, soit près de dix fois plus. Cette dynamique devrait se poursuivre avec les nouvelles stations de Nador et Driouch, qui totaliseront 300 millions de mètres cubes par an, et celle de Tanger, dont la capacité attendue est de 150 millions. D’autres projets sont prévus à Tiznit, Tan-Tan, Guelmim et Rabat, tandis que la station de Chtouka Aït Baha sera agrandie. À l’horizon 2031, le pays vise ainsi 1,8 milliard de mètres cubes de capacité annuelle, pour couvrir 60 % de ses besoins en eau potable.
Mais produire davantage ne suffit pas: encore faut-il pouvoir stocker la ressource. Le gouvernement ambitionne ainsi de porter la capacité des barrages à 27 milliards de mètres cubes d’ici 2031. Dix-sept grands ouvrages, représentant 5,4 milliards de mètres cubes, et six barrages de taille moyenne sont actuellement en chantier. Douze autres barrages viennent également d’entrer en phase de construction, avec une capacité supplémentaire annoncée de 4,9 milliards de mètres cubes.
La stratégie prévoit également de mieux répartir les ressources entre les régions. Selon les données présentées par le ministre, 53 % des précipitations se concentrent sur seulement 27 % du territoire, accentuant les disparités hydriques et la pression sur les nappes phréatiques. Pour y remédier, les transferts entre bassins seront renforcés. Après l’achèvement de la première phase reliant le Sebou au Bouregreg, une deuxième étape doit prolonger cette interconnexion jusqu’à l’Oum Er-Rbia, avec un transfert prévu d’environ 8 millions de mètres cubes.
Autre priorité: mieux maîtriser la consommation. Le programme prévoit d’étendre l’irrigation au goutte-à-goutte à plus d’un million d’hectares, d’améliorer les réseaux de distribution et de développer la réutilisation des eaux usées traitées. Les technologies numériques et l’intelligence artificielle seront également mobilisées pour suivre les prélèvements et mieux encadrer l’exploitation des nappes souterraines.
Enfin, la prévention des inondations complète ce dispositif, avec un nouvel atlas des zones exposées, le suivi des précipitations en temps réel et des systèmes d’alerte précoce. Vingt-sept projets de protection ont déjà été réalisés et vingt et un autres sont en cours.
À travers cette approche combinant dessalement, stockage, transferts d’eau et maîtrise de la demande, le Maroc entend renforcer durablement sa sécurité hydrique. Reste désormais à concrétiser les investissements annoncés et à respecter les échéances fixées, alors que la pression climatique continue de s’accentuer.


