Au Ghana, la société Vitara Agritech veut rendre la filière du karité plus transparente et mieux rémunérer les productrices. Anciennement connue sous le nom de Sommalife, l’entreprise a obtenu 1,8 million d’euros de financement en capital pour développer ses activités et renforcer la traçabilité des matières premières destinées aux industriels internationaux.
Le financement doit permettre à Vitara Agritech d’élargir son réseau de productrices dans le nord du Ghana, de développer ses outils numériques et de soutenir la préservation des espaces naturels où poussent les karités. L’opération réunit AgriFI, un dispositif d’investissement financé par l’Union européenne, l’investisseur à impact Acumen et des investisseurs providentiels. Elle constitue le premier investissement direct en capital réalisé par AgriFI dans le cadre de son programme consacré au Ghana. Fondée en 2020, Vitara s’appuie sur un modèle qui associe approvisionnement agricole, technologie et accès aux marchés. Son objectif est de connecter les petites productrices aux fabricants internationaux, notamment européens, qui utilisent les noix de karité pour produire des matières grasses végétales destinées à l’industrie alimentaire, aux cosmétiques et à d’autres applications industrielles. Au cœur de ce dispositif figure TreeSyt, sa plateforme numérique propriétaire. Elle permet de centraliser les informations sur les producteurs, de suivre les opérations d’approvisionnement, de faciliter la formation agricole et de surveiller les arbres. Pour les acheteurs, cette organisation améliore la visibilité sur l’origine des matières premières et la transparence de la chaîne d’approvisionnement. L’enjeu est commercial autant qu’environnemental. Dans une filière reposant sur des producteurs dispersés et des circuits d’approvisionnement parfois informels, la capacité à documenter l’origine des produits peut faciliter les relations avec les industriels qui recherchent des matières premières traçables. Pour Vitara, la technologie doit ainsi contribuer à structurer les échanges entre les communautés rurales et les marchés internationaux.
Près de 47 000 productrices mobilisées
La dimension sociale occupe une place importante dans le modèle de l’entreprise. D’après les informations communiquées à l’occasion de l’investissement, environ 91% des agriculteurs de son réseau sont des femmes. Vitara indique avoir travaillé activement avec près de 47 000 productrices au cours de la dernière saison du karité.L’entreprise combine accès aux marchés, accompagnement technique et financement de certaines activités agricoles. Elle affirme également que ses mécanismes de tarification et de paiement contribuent à améliorer les revenus des producteurs. Ces résultats restent toutefois des données communiquées par l’entreprise et doivent être distingués d’une évaluation indépendante de l’impact du financement. La préservation des ressources naturelles constitue l’autre volet du projet. Les karités poussent principalement à l’état sauvage et dépendent de paysages naturels exposés à différentes pressions environnementales. Vitara travaille avec des communautés locales à la protection de ces espaces et à la plantation de jeunes arbres. EDFI Management Company fait état de 607 hectares protégés et d’environ 27 000 arbres concernés par les actions de conservation recensées.
Un financement pour changer d’échelle
L’investissement de 1,8 million d’euros doit aider Vitara à étendre son modèle et à renforcer sa capacité à fournir des matières premières traçables aux industriels. Pour AgriFI, cette opération s’inscrit dans un dispositif de 10 millions d’euros consacré au financement d’entreprises et d’institutions qui contribuent à améliorer les revenus des petits producteurs au Ghana. Vitara envisage également d’étendre ses activités à d’autres marchés ouest-africains, notamment au Burkina Faso, au Togo, au Bénin, au Mali et en Côte d’Ivoire. Cette perspective ouvre un enjeu de développement: reproduire un modèle associant collecte agricole, outils numériques et accès aux acheteurs internationaux dans des filières où les producteurs restent souvent éloignés des marchés finaux.
Le financement ne garantit cependant ni une hausse automatique des revenus des productrices ni la réussite de cette expansion. L’entreprise devra démontrer qu’elle peut augmenter ses volumes d’approvisionnement tout en maintenant la qualité des matières premières, la fiabilité de la traçabilité et des débouchés commerciaux durables. Pour Vitara, le défi consiste donc à transformer un réseau agricole local en une chaîne d’approvisionnement structurée, capable de répondre aux exigences des industriels internationaux tout en générant des retombées économiques pour les communautés productrices.









