Un grand nombre d’entreprises industrielles tunisiennes pratiquent la sous-traitance pour le compte de donneurs d’ordre européens, notamment dans le textile et l’électronique. Ce modèle économique repose sur une séparation stricte entre la propriété des matières et la main-d’œuvre. Les donneurs d’ordre étrangers envoient des intrants en Tunisie sans en transférer la propriété. Les usines locales assurent la transformation et/ou l’assemblage et facturent uniquement leurs services, avant de réexporter le produit fini. En 2025, la rémunération de ces services de fabrication fournis par les entreprises tunisiennes a progressé de 10,9%, générant 16,397 milliards de dinars.
Bien que la Tunisie ne soit pas propriétaire de ces flux, l’activité génère des mouvements massifs de marchandises aux frontières. À l’entrée des composants, les importations de matières premières et demi-produits expédiées vers la Tunisie à des fins de fabrication ont augmenté de 6,5%, s’établissant à 21,200 milliards de dinars (soit 24,8% du total des importations totales). Ces flux sont majoritairement composés d’intrants pour les produits manufacturés (51%) et de certains biens de consommation (30,7%).
Une fois la valeur ajoutée tunisienne intégrée, les exportations de ces produits transformés ont progressé de 8,4% pour atteindre 37,6 milliards de dinars. Ce segment représente désormais 59% des exportations totales du pays, et se compose quasi exclusivement de produits manufacturés.
Bien que souvent critiquée pour sa faible valeur ajoutée, la sous-traitance s’impose clairement comme un pilier de résilience indispensable pour l’économie tunisienne. En agissant comme un amortisseur social massif, elle absorbe une main-d’œuvre peu ou moyennement qualifiée, tout en générant des devises essentielles pour la balance des paiements. De plus, ce modèle a favorisé une montée en gamme technologique grâce au transfert de compétences et à l’adoption de normes internationales strictes, dynamisant par ricochet un réseau de PME locales. Si la dépendance vis-à-vis des donneurs d’ordre étrangers reste un point de vigilance, la sous-traitance demeure, en fin de compte, un moteur essentiel qui maintient la Tunisie connectée aux chaînes de valeur mondiales.









