L’Afrique est en train de devenir un acteur incontournable dans la course mondiale aux minéraux critiques. Le cuivre, métal indispensable aux voitures électriques, aux réseaux électriques, aux centres de données et aux technologies liées à l’intelligence artificielle, attire désormais une part croissante des investissements internationaux.
Selon le rapport World Energy Investment 2026 de l’Agence internationale de l’énergie, les investissements dans les nouveaux projets de minéraux critiques en Afrique ont fortement progressé au cours de la dernière décennie. Le cuivre a concentré l’essentiel de cette dynamique.
L’enjeu est majeur. L’AIE estime que l’offre mondiale de cuivre pourrait afficher un déficit pouvant atteindre 30% d’ici à 2035 si les investissements actuels ne suffisent pas à répondre à la demande future. Cette demande est portée par la transition énergétique, l’électrification des économies et la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Le cuivre est aujourd’hui considéré comme l’un des matériaux les plus stratégiques au monde. Il est utilisé dans les câbles électriques, les batteries, les infrastructures de recharge, les énergies renouvelables et les centres de données.
Les investissements ont doublé en Afrique
Le rapport indique que les dépenses consacrées aux projets miniers «greenfield», c’est-à-dire développés sur de nouveaux sites sans infrastructures existantes, sont passées d’environ 3,5 milliards de dollars en 2016 à plus de 7 milliards en 2024. Plus de 90% de cette croissance concerne le cuivre. La République démocratique du Congo et la Zambie restent les principaux pôles d’attraction. La mine de Kamoa-Kakula, développée par Ivanhoe Mines et Zijin Mining, illustre cette tendance avec plusieurs milliards de dollars investis depuis son lancement. D’autres pays gagnent également du terrain, notamment l’Angola, le Botswana et la Namibie.
Le Maroc cité parmi les destinations d’investissement
Pour l’Afrique du Nord, le rapport mentionne le Maroc parmi les destinations qui attirent les investissements dans les minéraux critiques. Cette présence confirme le positionnement croissant du royaume dans les chaînes de valeur liées à la transition énergétique. En revanche, la Tunisie n’est pas citée parmi les principaux bénéficiaires des nouveaux investissements miniers mentionnés dans le rapport. Même si elle ne dispose pas des mêmes réserves minières que certains pays africains, la Tunisie est directement concernée par cette transformation mondiale.
D’abord parce que la demande croissante en cuivre et en minéraux critiques influence les prix internationaux des matières premières et des équipements utilisés dans les projets énergétiques. Ensuite parce que le pays cherche à accélérer sa transition énergétique à travers le développement du solaire, de l’éolien et des infrastructures électriques. Tous ces projets dépendent fortement de métaux stratégiques comme le cuivre. Enfin, cette nouvelle géographie des investissements ouvre des opportunités industrielles. Plusieurs pays africains tentent désormais d’aller au-delà de l’extraction minière en développant la transformation locale, le raffinage et certaines activités industrielles à plus forte valeur ajoutée. La Tunisie pourrait chercher à se positionner sur certains maillons de ces chaînes de valeur grâce à son tissu industriel, ses compétences techniques et sa proximité avec les marchés européens.
L’Afrique veut capter davantage de valeur
L’AIE souligne toutefois que le principal défi pour les pays africains n’est plus seulement d’extraire les ressources, mais de les transformer localement afin de créer davantage d’emplois et de revenus.
Depuis 2023, treize pays africains ont adopté des restrictions ou des interdictions d’exportation sur certains minéraux critiques afin d’encourager leur transformation sur place. Cependant, les investissements dans le raffinage progressent beaucoup plus lentement que ceux destinés à l’extraction. Ils ont atteint environ 2,5 milliards de dollars en 2024. L’AIE identifie plusieurs obstacles: le manque d’électricité, la rareté de l’eau, les insuffisances logistiques et le déficit de main-d’œuvre qualifiée.









