L’Europe veut réduire sa dépendance aux réseaux de paiement américains. Cinq acteurs majeurs du secteur ont créé le 30 septembre 2026 une structure commune, baptisée European Network for Payments (ENP), destinée à connecter leurs solutions de paiement. Ensemble, ils représentent déjà environ 130 millions d’utilisateurs répartis dans 13 pays européens.
Derrière cette initiative, on retrouve cinq réseaux : Wero, porté par l’European Payments Initiative (EPI), Bizum en Espagne, Bancomat en Italie, MB WAY au Portugal et Vipps MobilePay dans les pays nordiques. Leur ambition est de permettre aux utilisateurs de réaliser des transactions au-delà de leurs frontières sans devoir changer d’application ou adopter un nouveau service. Basée à Madrid, la nouvelle entité sera chargée de gérer l’infrastructure technique commune. Les cinq partenaires en seront actionnaires à parts égales. Le dispositif reposera notamment sur les paiements instantanés de compte à compte, selon des standards européens. Chaque solution conservera sa propre marque et son interface.
Le déploiement sera progressif. La première étape concerne les transferts d’argent entre particuliers dans différents pays. Les paiements en ligne et en magasin devraient suivre en 2027. Une preuve de concept réalisée en avril 2026 par Bancomat, EPI et MB WAY avait déjà démontré la possibilité d’effectuer des paiements transfrontaliers en magasin à l’aide de QR codes. L’enjeu dépasse la simple facilité d’utilisation. L’Europe cherche à reprendre davantage de contrôle sur une infrastructure devenue stratégique pour son économie. Les chiffres de la Banque centrale européenne (BCE) illustrent cette dépendance : les réseaux internationaux représentaient environ 61 % des paiements par carte dans la zone euro en 2022. Treize pays de la zone euro dépendaient entièrement de ces réseaux pour les transactions par carte.
Pour les entreprises, cette évolution pourrait ouvrir de nouvelles possibilités. Une infrastructure interopérable faciliterait les paiements des clients étrangers, notamment dans le commerce en ligne et les points de vente physiques. Elle pourrait également offrir aux commerçants davantage de choix dans les solutions d’encaissement et contribuer à diversifier les infrastructures utilisées pour traiter les transactions. Les 130 millions d’utilisateurs constituent ainsi une base de départ importante, mais pas encore un marché entièrement connecté. La réussite du projet dépendra notamment de son déploiement technique, de son adoption par les commerçants et de sa capacité à fonctionner à grande échelle. L’objectif n’est donc pas de faire disparaître immédiatement Visa et Mastercard, mais de construire une alternative européenne crédible dans un secteur où l’indépendance technologique est devenue un enjeu économique majeur.


