Après la retraite, Ali Frédéric Ben Amor n’a pas tourné la page de la vie professionnelle. Après plusieurs décennies dans l’industrie pharmaceutique, des responsabilités internationales et une première expérience entrepreneuriale, il a choisi de cofonder Clario en 2023. Un nouveau projet consacré au suivi des maladies chroniques, qui prolonge une conviction présente tout au long de son parcours: l’innovation n’a de valeur que lorsqu’elle améliore concrètement la vie des patients.
Docteur en sciences pharmaceutiques de l’Université de Genève, Ali Frédéric Ben Amor a construit une carrière internationale, entre la Suisse, l’Allemagne et les États-Unis. Ses premières expériences dans l’industrie pharmaceutique lui ont permis de travailler sur les marchés internationaux, avant de rejoindre une jeune entreprise spécialisée dans les analyses médicales destinées aux essais cliniques. Il en était le quatrième employé et a participé à son développement jusqu’à son rachat par le groupe Corning, quatre ans plus tard. Il retrouve ensuite l’industrie pharmaceutique et poursuit sa carrière dans une entreprise de biotechnologie, où il intervient dans plusieurs fonctions, du médical au marketing stratégique. Après son acquisition par Merck, il continue son parcours au sein du groupe et accède à des responsabilités internationales. Il termine sa carrière comme vice-président senior chargé des affaires médicales mondiales en neurologie et en immunologie.
Parmi les expériences qui ont marqué ce parcours figure sa participation au développement de traitements contre la sclérose en plaques. Pour illustrer les changements apportés par les avancées thérapeutiques, il résume sa contribution par une formule inattendue: «J’ai transformé la salle d’attente du neurologue». Il rappelle qu’il y a une trentaine d’années, les patients atteints de cette maladie perdaient progressivement leur mobilité, alors que les traitements disponibles permettent aujourd’hui à une grande partie d’entre eux de conserver une vie plus autonome. Il évoque également les progrès réalisés dans la prise en charge du VIH, passé d’une maladie largement mortelle à une pathologie chronique avec laquelle il est désormais possible de vivre grâce aux traitements.
La retraite comme nouveau départ
Après avoir atteint l’âge de la retraite, Ali Frédéric Ben Amor ne s’est pas éloigné de l’innovation. En 2023, il cofonde Clarrio avec Firas Rhaiem, autour d’un enjeu encore insuffisamment couvert dans la prise en charge des maladies chroniques: mieux comprendre l’évolution des patients au-delà des consultations médicales. Le projet repose sur la collecte et l’exploitation de données fournies par les patients entre leurs rendez-vous médicaux. L’objectif est de suivre plus précisément l’évolution de leur état de santé et de mieux comprendre leur réponse aux traitements dans les conditions réelles de vie. Car les résultats observés dans le cadre d’un essai clinique ne reflètent pas toujours exactement ce qui se passe une fois le médicament utilisé au quotidien. Pour expliquer l’intérêt de cette approche, il prend l’exemple d’un test de marche utilisé dans le suivi de certaines maladies neurologiques. Les résultats peuvent varier en fonction de circonstances très concrètes, comme la distance parcourue entre le parking et le cabinet médical. Disposer de données plus régulières permet alors de mieux distinguer les fluctuations ponctuelles d’une véritable évolution de la maladie. Cette nouvelle aventure entrepreneuriale s’inscrit dans la continuité de son expérience dans l’industrie pharmaceutique. Elle traduit aussi une conception particulière de la retraite. «Quand vous avez travaillé toute votre vie et que vous êtes en forme, qu’est-ce que vous faites le reste du temps?», lance-t-il. L’entrepreneuriat n’est d’ailleurs pas une découverte tardive. Même au sein de grandes entreprises, il explique avoir toujours géré ses divisions comme des entreprises à part entière, avec une attention particulière portée à l’innovation et au lancement de nouveaux produits. Il siège également au conseil scientifique d’une autre entreprise spécialisée dans l’innovation.
Mesurer une carrière à son impact
Au-delà des fonctions occupées et des projets menés, Ali Frédéric Ben Amor défend une conception du travail fondée sur l’utilité. Pour lui, la motivation professionnelle ne peut pas reposer uniquement sur le salaire, les promotions ou l’accumulation des tâches. Elle vient surtout de la capacité à comprendre ce que son travail apporte réellement. Il encourage ainsi les collaborateurs à se poser une question simple: qu’ont-ils concrètement fait avancer? Un ingénieur qui écrit du code, par exemple, devrait pouvoir expliquer ce que son travail permet de réaliser et à qui il profite. Cette recherche de sens doit, selon lui, concerner tous les métiers, y compris ceux dont la contribution paraît moins visible. Il compare cette démarche à une traversée en voilier ou à une compétition sportive: le résultat est collectif, mais chacun doit pouvoir identifier sa contribution à l’effort commun. Les difficultés, les réunions interminables et les échecs font partie du parcours. L’essentiel reste de savoir pourquoi l’on avance. Pour Ali Frédéric Ben Amor, l’expérience professionnelle ne se mesure donc pas uniquement au nombre d’années passées dans une entreprise ou aux responsabilités exercées. Elle se juge aussi à ce qui a changé grâce au travail accompli. Et à 68 ans, cette recherche d’impact reste manifestement son principal moteur.









