La Tunisie enregistre une hausse continue et préoccupante des départs de ses cadres techniques et médicaux. Les données récentes montrent que les ingénieurs et les médecins quittent le pays à un rythme de plus en plus élevé, révélant une pression structurelle sur deux secteurs essentiels à l’économie et au système de santé.
Selon les chiffres de l’Ordre des ingénieurs tunisiens, l’émigration des ingénieurs suit une trajectoire ascendante. En 2024, environ 6 500 ingénieurs quittent le pays chaque année. En 2025, ce chiffre dépasse les 7 000 départs annuels, et en 2026, les estimations dépassent les 8 000 départs par an si la tendance se poursuit. Sur une décennie, le phénomène prend une ampleur encore plus marquée puisque plus de 46 000 ingénieurs tunisiens auraient quitté le pays, soit une part importante d’un total d’environ 105 000 ingénieurs inscrits à l’Ordre. Cette évolution traduit une difficulté persistante à retenir les compétences hautement qualifiées face à des opportunités plus attractives à l’international, notamment en matière de salaires et de conditions de travail.
Le secteur médical connaît une dynamique similaire. Selon le Conseil national de l’Ordre des médecins, environ 1 300 médecins quittent la Tunisie chaque année en 2024, principalement vers la France, l’Allemagne et les pays du Golfe. En 2025, les départs dépassent les 1 400 médecins par an, et les estimations pour 2026 approchent les 1 600 départs annuels.
Cette évolution simultanée dans l’ingénierie et la médecine met en évidence un phénomène structurel de mobilité des compétences. Il ne s’agit plus de départs isolés, mais d’un flux régulier qui impacte directement la capacité du pays à répondre à ses besoins en expertise technique et en soins de santé. Les conséquences sont multiples, avec une pression accrue sur les établissements publics, une perte de compétences formées localement et une dépendance grandissante aux systèmes étrangers pour absorber une partie de ces talents.


