Les ports de pêche tunisiens ne tiennent plus. Infrastructures effondrées, équipements en panne, services au point mort : le constat est sévère et officiellement reconnu.
C’est ce qui ressort de la séance d’audition tenue jeudi 2 avril 2026 au Parlement, où la commission de l’Agriculture et de la Pêche a reçu les représentants du ministère de l’Agriculture. L’occasion pour les députés de confronter les responsables à une réalité qu’ils avaient eux-mêmes documentée lors d’une visite sur le terrain dans les ports de Bizerte et Sfax, en février dernier.
La Tunisie compte 42 ports de pêche. Ils accueillent 12 317 unités de pêche et font vivre 42 000 personnes. Pourtant, aucun de ces ports ne fonctionne aujourd’hui à la hauteur de ses besoins.
Les quais sont vétustes. Les réseaux datent. Les grues manquent ou tombent en panne. À Sfax, une grue neuve, importée d’Italie, est tombée en panne avant même sa première utilisation. À Kerkennah, les ports de Sidi Mansour et Sidi Youssef n’ont pas encore de statut juridique officiel et sont dépourvus des équipements les plus élémentaires, y compris sécuritaires. À Bizerte, les ports de Jarzouna, Cap Zbib et Ghar El Melh attendent toujours le lancement de leurs projets d’extension.
L’encombrement aggrave tout. Des bateaux saisis par la justice stationnent indéfiniment dans les bassins, bloquant l’accès aux quais. Le personnel portuaire est insuffisant. Les marchés de gros du poisson sont vétustes et doivent être entièrement réhabilités.
Le ministère a reconnu les faits et cité quelques chantiers en cours : les travaux d’extension des ports de Kélibia, Mahdia et Menzel Abderrahmane sont engagés. Une étude nationale de gouvernance portuaire est lancée, avec un schéma directeur à l’horizon 2050. La classification des ports de Sidi Mansour et Sidi Youssef figure à l’ordre du jour de la première session 2026 du Conseil supérieur des ports.
Des annonces qui peinent à convaincre. Pour les pêcheurs, 2050 est une date lointaine. Les quais cassés, eux, sont là aujourd’hui.


