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L’Éthiopie dépasse le Maroc et le Kenya et s’invite dans le top 5 des économies africaines

6 novembre 2026
Dans Eco

Avec un PIB de 210,7 milliards de dollars à la clôture de l’exercice 2025-2026, l’Éthiopie s’impose désormais comme la cinquième économie du continent. Le chiffre a été annoncé par le ministre des Finances, Fitsum Assefa. Le pays se positionne ainsi derrière l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria et l’Algérie, devançant désormais le Maroc et le Kenya.

Derrière ce bond dans le classement africain se trouve avant tout un changement de méthode, plutôt qu’une accélération soudaine de l’activité économique. Les autorités ont procédé à une actualisation de l’année de référence du PIB, passée de 2015-2016 à 2024-2025, pour mieux intégrer les transformations structurelles de l’économie éthiopienne. Cette nouvelle base de calcul fait ressortir un PIB supérieur de 59,2%, à 201,4 milliards de dollars contre 126,4 milliards auparavant. En birrs, la valeur du PIB pour 2024-2025 est ainsi portée de 15 090 à 24 030 milliards, avant d’atteindre 31 860 milliards en 2025-2026.

Derrière cette réévaluation se dessine une économie plus vaste et plus diversifiée que ne le laissaient entrevoir les précédentes statistiques. Des activités jusque-là peu visibles dans les comptes nationaux, telles que la finance numérique, les services et l’industrie manufacturière, sont désormais mieux prises en considération. Pour affiner cette lecture, les autorités se sont appuyées sur un recensement agricole, des enquêtes auprès des ménages ainsi que des données issues des entreprises publiques et des institutions à but non lucratif. Le nouveau tableau fait ressortir le poids croissant des services, qui concentrent près de 36% du PIB, contre 32% pour l’agriculture et 30% pour l’industrie. Transports, télécommunications, banque et aviation composent les multiples facettes de ce secteur, dont Ethiopian Airlines incarne l’une des réussites les plus visibles.

Les implications de cette réévaluation vont bien au-delà du seul symbole. Le PIB servant de référence au calcul de nombreux ratios économiques et financiers, son augmentation réduit mécaniquement le poids relatif de la dette dans l’économie. Un effet qui intervient alors que l’Éthiopie négocie la restructuration de ses engagements extérieurs dans le cadre commun du G20. Selon Oxford Economics, cette révision pourrait ainsi améliorer certains indicateurs de viabilité de la dette. Elle ne modifie toutefois ni le montant des sommes dues, ni les besoins en devises, ni la charge des intérêts. Le mouvement pourrait même avoir un revers: en rapportant les recettes fiscales à un PIB plus élevé, leur poids relatif risque de diminuer, mettant davantage en évidence la nécessité d’améliorer le recouvrement de l’impôt.

Deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, l’Éthiopie affiche des ambitions économiques élevées, avec une croissance projetée à 10,2% pour l’exercice clos en juillet 2027. Les autorités entendent soutenir cette trajectoire en favorisant l’entrée d’acteurs étrangers dans les secteurs bancaire et des télécommunications, tout en poursuivant les réformes économiques engagées, notamment l’adoption en 2024 d’un régime de change fondé sur les mécanismes du marché, avec l’appui du FMI.

Cette nouvelle position dans le classement africain reste néanmoins à consolider. Elle dépendra autant de la dynamique de croissance du pays que des fluctuations des taux de change, susceptibles de rebattre les cartes. Les investisseurs suivront donc de près l’évolution des investissements directs étrangers, des recettes budgétaires et des exportations, sans perdre de vue l’issue des négociations sur la dette. Car si les nouveaux chiffres dessinent le portrait d’une économie plus imposante, seule une croissance durable, soutenue par des finances publiques plus solides, permettra de donner à cette progression statistique une traduction concrète.

Tags: AfriqueEconomieEthiopieMarocpuissances économiques africaines
Wejden Jlassi

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