Shell vient de sécuriser une partie importante de la future production de carburants durables du Maroc. Le groupe énergétique a signé, le 2 novembre 2026, un accord d’achat à long terme avec Green Sky Manara LLC pour s’approvisionner auprès de la future usine de biocarburants prévue dans le complexe industrialo-portuaire Nador West Med. Le contrat porte sur environ 150 000 tonnes par an de carburant d’aviation durable (SAF), ou un volume équivalent de diesel renouvelable HVO. Il couvre également deux coproduits: le bionaphta et le biopropane.
L’accord donne à Shell des droits exclusifs d’achat sur ces volumes. Pour Green Sky Capital, le développeur du projet, cet engagement commercial représente un débouché important avant même le démarrage de l’usine. Il apporte une visibilité sur la commercialisation d’une partie de la production future et constitue un élément structurant pour le financement de cette infrastructure industrielle. L’installation sera implantée sur une superficie d’environ 88 000 m² dans la zone industrielle et logistique de Bétoya, au sein de Nador West Med. Son coût total est estimé à 239 millions de dollars, d’après les documents de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). La capacité de production prévue peut atteindre 200 000 tonnes de carburant d’aviation durable par an. La mise en service est programmée pour octobre 2028.
Le projet repose sur la valorisation de matières premières résiduelles. L’usine utilisera notamment des huiles de cuisson usagées, des graisses et d’autres matières grasses récupérées. Green Sky Capital prévoit de constituer un réseau national de collecte, complété par des importations lorsque les ressources disponibles au Maroc ne suffiront pas à alimenter l’installation. La transformation reposera sur la technologie HEFA (Hydroprocessed Esters and Fatty Acids), qui permet de convertir les huiles et les graisses en carburants grâce à un traitement à l’hydrogène. L’installation comprendra notamment une unité de prétraitement des matières premières, une unité de production de carburants, des équipements de production d’hydrogène et des capacités de stockage.
Au-delà du carburant destiné aux avions, le site produira également du diesel renouvelable, du bionaphta et du biopropane. Cette diversification doit permettre de valoriser plusieurs fractions issues du processus industriel.
Le montage financier constitue un autre enjeu majeur. La BERD envisage un prêt pouvant atteindre 135 millions de dollars à Green Sky Capital. Cette enveloppe comprend une tranche engagée de 85 millions de dollars et une tranche supplémentaire de 50 millions qui reste non engagée. Jusqu’à 20 millions de dollars pourraient provenir du Fonds vert pour le climat (GCF). Le dossier demeure toutefois au stade exploratoire, dans l’attente de son examen final. Le financement n’est donc pas encore à présenter comme définitivement accordé. Le projet doit également poursuivre ses démarches environnementales et techniques avant sa réalisation. Le calendrier du projet intervient dans un contexte de développement du marché des carburants d’aviation durables. L’Union européenne impose progressivement aux fournisseurs de carburant d’incorporer une part minimale de SAF dans les volumes destinés aux avions opérant dans ses aéroports. Cette obligation est fixée à 2% depuis 2025, passera à 6% en 2030 et atteindra 70% en 2050.









