Trouver un vol, comparer les prix, préparer ses documents ou passer les contrôles à l’aéroport. Autant d’étapes qui pourraient bientôt se dérouler autrement. L’intelligence artificielle change la donne. On entend beaucoup parler de son arrivée dans de nombreux secteurs, et le voyage ne fait pas exception. Elle s’invite désormais dans la préparation des déplacements, tandis que la biométrie et les passeports numériques promettent de simplifier les formalités. Je me souviens notamment d’une interview réalisée il y a deux ou trois ans avec Mohamed Ali Elloumi, directeur général d’Acess. Alors que l’intelligence artificielle commençait à peine à s’imposer dans le débat public, il expliquait déjà que presque tous ses voyages, notamment ceux en famille, étaient préparés à l’aide de l’IA.
Cette évolution est aujourd’hui perceptible dans les habitudes des passagers, comme le montre l’édition 2026 de l’Enquête mondiale auprès des passagers (Global Passenger Survey) de l’Association du transport aérien international (IATA). Réalisée auprès de plus de 10 000 voyageurs dans plus de 200 pays, l’étude met en évidence la place croissante des outils numériques dans le parcours aérien. Selon la même source, 49% des passagers utilisent désormais l’IA pour préparer leurs déplacements. La recherche de vols concerne 21% des répondants, la comparaison des prix 19% et la recherche d’idées de destinations 17%.
La satisfaction globale atteint 87%, en progression d’un point sur un an. Pourtant, les difficultés administratives continuent de peser sur les décisions de voyage. En 2026, 43% des personnes interrogées déclarent avoir renoncé à une destination en raison des exigences d’immigration, contre 33% en 2025. Pour 53% d’entre elles, la complexité des démarches constitue le principal obstacle.
Par ailleurs, quant aux compagnies aériennes, ce changement touche directement la relation commerciale avec les clients. Si le voyageur trouve son prochain vol à travers un assistant conversationnel, encore faut-il que les offres des transporteurs soient accessibles depuis ces nouvelles interfaces et qu’il puisse réserver sans multiplier les démarches. D’ailleurs, Nick Careen, vice-président principal de l’IATA chargé des opérations, de la sécurité et de la sûreté, déclare: “Les gens utilisent l’IA pour planifier leurs voyages. Il est important que les compagnies aériennes non seulement fassent en sorte que leurs offres apparaissent dans l’IA, mais aussi qu’elles développent des liens pour convertir une conversation avec l’IA en une réelle réservation”.
À l’aéroport, moins de documents et davantage de biométrie
Une fois le billet réservé, une autre étape attend le voyageur. À l’aéroport, le biométrique gagne du terrain. En 2026, 58% des passagers ont utilisé une technologie biométrique au cours des 12 derniers mois, contre 50% en 2025 et 34% en 2022. Parmi les voyageurs qui l’ont expérimentée, 87% apprécient sa simplicité et sa rapidité. L’intérêt est également manifeste chez ceux qui ne l’ont pas encore adoptée. Selon l’enquête, 78% des passagers accepteraient de partager leurs données biométriques pour ne plus avoir à présenter leurs documents physiques à chaque étape du parcours. Parmi eux, 75% privilégient un enregistrement unique, qui permettrait de faciliter les contrôles depuis le dépôt des bagages jusqu’à l’embarquement. Une question apparament se pose! Que deviennent les données personnelles des voyageurs? D’ailleurs, près de 6 passagers sur dix, soit 59%, redoutent les fuites de données. Le partage de leurs informations avec des organismes tiers sans contrôle suffisant inquiète 49% des répondants. Pour 41 %, le manque de transparence sur leur traitement et leur conservation pose également problème. En un seul mot d’ordre! La confiance dans les dispositifs utilisés pèsera tout autant dans leur adoption. Sur ce, la généralisation des passeports numériques nécessite notamment des règles communes, fondées sur les standards de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Nick Careen rappelle: “Pour faire des données biométriques une norme pour les voyages internationaux, les gouvernements doivent s’entendre sur un cadre de délivrance et d’acceptation des passeports numériques sûrs, ou des documents de voyage numériques”. En outre, plus de 100 pays en délivrent déjà les visas électroniques, mais la diversité des procédures complique leur vérification par les compagnies aériennes. Pourtant, 60 % des voyageurs préfèrent déposer leur demande en ligne, contre 25 % qui privilégient les ambassades ou les consulats.
Par ailleurs, le smartphone pourrait également devenir le principal support du voyage. Au total, 82 % des passagers souhaitent réunir dans un même portefeuille numérique leur passeport, leurs cartes de fidélité et leurs documents de voyage. Une seule interface permettrait ainsi de gérer plusieurs démarches, de la réservation au passage des contrôles. Mais la simplification ne concerne pas uniquement les formalités aéroportuaires. Elle touche aussi les procédures d’immigration, qui restent l’un des principaux points de friction du voyage international. D’après l’enquête, 86 % des passagers sont prêts à transmettre leurs informations avant le départ. Ils sont également 45 % à souhaiter accomplir toutes les formalités frontalières avant leur arrivée à l’aéroport.









