Rendre les normes internationales d’information financière accessibles sans en perdre la rigueur. C’est l’ambition de Salima Sarsar avec L’Instant Fun pour Rire du Sérieux (IFRS), un ouvrage de 253 pages qui transforme des problématiques de reporting financier en histoires ponctuées d’humour. À travers 20 récits et près de 40 personnages, l’auteure entend renouveler la manière d’aborder une discipline souvent associée à la technicité.

Le projet est né d’une publication sur les réseaux sociaux. Leur développement progressif a donné naissance à un livre dont le titre constitue lui-même un clin d’œil aux initiales IFRS, en référence aux normes internationales d’information financière. L’idée n’est pas de détourner les règles comptables de leur portée, mais de les rendre plus intelligibles en les inscrivant dans des situations narratives. Les histoires retiennent l’attention, tandis que des encadrés de synthèse permettent de revenir aux concepts et aux exigences techniques.
Cette démarche s’inscrit dans le parcours de Salima Sarsar, qui compte plus de 20 ans d’expérience au sein d’un Big Four. Docteure en sciences de gestion, diplômée en France et titulaire d’un master en comptabilité obtenu au Canada, elle a travaillé sur des missions de conseil organisationnel, de gouvernance ,de transformation de la fonction finance et d’implémentation du référentiel IFRS. Elle a également dirigé six projets de publication consacrés aux normes IFRS. La transmission des connaissances occupe une place centrale dans son parcours, qu’elle décrit comme une “mission de vie”.
Un regard critique sur la production de l’information financière
La dimension pédagogique du livre s’accompagne d’une réflexion sur les pratiques du reporting financier. Salima Sarsar s’intéresse d’abord à la finalité des états financiers et à leur capacité à restituer la situation économique réelle d’une entreprise. Elle remet notamment en question la prépondérance des considérations fiscales dans leur élaboration, au risque de réduire la qualité de l’information destinée aux investisseurs, aux créanciers et aux autres utilisateurs externes.
L’auteure insiste également sur les limites des états financiers préparés sur la base des pertes avérées. Pour elle, l’information financière doit davantage intégrer l’anticipation des risques, notamment à travers le principe des pertes attendues. Cette approche permet de mieux appréhender les conséquences potentielles des risques sur la situation financière d’une entreprise, plutôt que de s’en tenir aux événements déjà produits.
La gouvernance constitue un autre volet important de cette réflexion. Le livre soulève la question de la responsabilité des administrateurs qui approuvent les états financiers sans toujours disposer d’une maîtrise suffisante des enjeux financiers. Il rappelle, dans ce contexte, le rôle des comités d’audit dans l’examen et le contrôle de l’information financière.
Les contraintes opérationnelles des équipes chargées de préparer les comptes ne sont pas non plus écartées. La coexistence du référentiel comptable local et des normes internationales impose souvent un double reporting pour certaines entreprises, ce qui alourdit les travaux de préparation. Le manque de granularité des données et les limites de certains systèmes d’information compliquent également la production d’états financiers suffisamment détaillés et fiables.
Ces questions structurent les 5 parties de l’ouvrage. Après les fondements du reporting et les principes qui régissent l’élaboration de l’information financière, Salima Sarsar aborde les difficultés liées aux estimations et à la juste valeur. Elle consacre ensuite une partie à quelques normes des plus techniques , notamment IAS 32, IFRS 9, IAS 36 et IFRS 16 , avant de revenir sur les conditions organisationnelles et humaines nécessaires à la qualité du reporting.
Les titres des récits traduisent cette volonté de rendre les concepts moins abstraits. “Le cercle des valeurs estimées”, “Le voleur de loyers” ou encore “Madame Dollar fait des étincelles” illustrent le choix d’associer des références familières à des problématiques comptables parfois ardues. La forme narrative devient ainsi un moyen de faire comprendre des mécanismes sans renoncer à leur complexité.
La première édition du livre a été présentée le 23 octobre 2026 lors d’un vernissage à l’Espace Sophonisbe de Carthage. La rencontre a donné lieu à deux panels. Le premier a réuni des professionnels de la finance et du droit des affaires, dont Sonia Ben Frej, Mohamed Saleh Souilem, Sonia Hentati et Anis Wahabi. Le second a abordé les dimensions pédagogiques, humaines, littéraires et artistiques du projet, avec la participation de Zekerya Sahraoui, Mohamed Saber Oueslati, Sonia Hamdi et Sami Mokaddem.
L’Instant Fun pour Rire du Sérieux est disponible dans les librairies Moez, Fnac, Arbre du Savoir et El Kitab, ainsi que sur les plateformes de vente en ligne.









