Investir sans multiplier les démarches, trouver un terrain sans se perdre dans les procédures et créer une entreprise sans passer d’un bureau à l’autre: le projet de Budget économique 2027 entend s’attaquer à plusieurs obstacles qui compliquent la vie des investisseurs en Tunisie.
Au programme, une refonte du cadre légal, davantage de services numériques et de nouveaux mécanismes pour faciliter le financement des entreprises. Reste à transformer ces ambitions en changements concrets sur le terrain. Premier chantier: remettre à plat les règles de l’investissement. Un nouveau projet de loi doit garantir la liberté d’investir, renforcer la protection des investisseurs et alléger les formalités. Le gouvernement prévoit aussi de mettre en place un interlocuteur unique, chargé de centraliser les démarches et de faciliter les échanges avec l’administration. À la Fipa, un système de gestion de la relation avec les investisseurs doit permettre de maintenir le contact après leur installation, plutôt que de limiter l’accompagnement aux premières étapes du projet. La simplification passe également par le numérique. La Plateforme nationale de l’investisseur doit évoluer pour couvrir l’ensemble du parcours de l’entreprise, de la déclaration de l’investissement à sa constitution juridique, en passant par les demandes d’incitations et le règlement des litiges. Le Registre national des entreprises (RNE) est, lui aussi, concerné par un projet de numérisation intégrale. Dans le secteur industriel, la plateforme “e-industrie” doit regrouper les services en ligne et accompagner les entreprises qui souhaitent adopter les technologies de l’industrie 4.0.
Autre dossier! Les formalités administratives. Sur les 167 cahiers des charges recensés, leur révision doit se poursuivre afin de simplifier les conditions d’exercice de certaines activités et de remplacer, lorsque le cadre le permet, les autorisations préalables par des procédures plus souples. Le projet fixe également un objectif précis : réduire de 30% le recours à la légalisation des signatures et aux copies conformes d’ici à la fin de 2027. De quoi s’attaquer à ces démarches répétitives qui font perdre du temps aux entreprises comme aux particuliers. Encore faut-il pouvoir s’installer dans de bonnes conditions. L’accès au foncier économique figure ainsi parmi les priorités. Un portail numérique et une base de données doivent permettre de mieux recenser les terrains disponibles, de clarifier leur situation et de les orienter vers les projets adaptés. Le programme prévoit, en parallèle, l’aménagement de zones industrielles intelligentes et écologiques, notamment à Zaghouan, Bizerte, Sfax et Gafsa. La logistique n’est pas en reste: la modernisation des ports, des aéroports et des infrastructures douanières, ainsi que la numérisation des contrôles aux frontières, doivent faciliter la circulation des marchandises.
Pour les petites et moyennes entreprises, le défi se joue aussi sur le terrain du financement. Le projet prévoit une stratégie nationale destinée à accompagner les PME dans leur transition numérique et écologique et dans leur accès aux marchés extérieurs. Le financement participatif doit également trouver sa place parmi les solutions disponibles, tandis que les capacités de garantie de la Société tunisienne de garantie (SOTUGAR) doivent être renforcées. L’objectif est de donner davantage de marge de manœuvre aux entreprises qui peinent à mobiliser les ressources nécessaires à leur développement. Enfin, la future Carte nationale de l’investissement doit aider à mieux orienter les projets vers les régions. En mettant en évidence les atouts économiques et les filières porteuses de chaque territoire, cet outil entend rapprocher les investisseurs des possibilités locales et contribuer à réduire les disparités régionales.
Le cap est fixé, mais le plus difficile reste à faire: passer des annonces aux résultats. Un guichet unique n’aura d’intérêt que s’il réduit réellement les délais, une plateforme numérique que si elle évite aux entreprises de refaire les mêmes démarches, et une zone industrielle que si elle dispose des équipements nécessaires. Pour la Tunisie, l’enjeu sera donc de faire de cette série de réformes un véritable levier d’investissement, et non une nouvelle liste de mesures à appliquer.









