Une délégation de la Banque centrale de Tunisie (BCT), accompagnée par des représentants de l’agence allemande de coopération internationale pour le développement durable (GIZ), s’est rendue au Brésil dans le cadre de la coopération technique avec la Banque centrale du Brésil (BCB). Cette visite avait pour objectif d’étudier le fonctionnement du PIX, le système brésilien de paiements instantanés, devenu une référence internationale en matière d’inclusion financière.
Cette réussite n’a pourtant pas fait que des émules. Cette année, l’administration Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur une partie des exportations brésiliennes, à l’issue d’une enquête de l’USTR reprochant à Brasilia de favoriser PIX au détriment des opérateurs américains de cartes bancaires, Visa et Mastercard en particulier. Washington estime que la BCB, à la fois propriétaire et régulatrice du dispositif, impose aux banques des conditions déloyales : intégration obligatoire de PIX en page d’accueil de leurs applications et gratuité pour l’usager. Le président Lula a rejeté ces accusations, défendant un système qui a permis l’inclusion bancaire de millions de Brésiliens auparavant exclus des circuits financiers classiques. C’est précisément ce succès qui motive l’intérêt d’autres banques centrales, dont la BCT.
Une visite structurée en deux volets
La délégation tunisienne a d’abord consacré deux journées à des échanges techniques avec la BCB, portant sur la gouvernance et le modèle économique du PIX, afin d’en tirer des enseignements utiles pour la modernisation des paiements en Tunisie. Elle a ensuite rencontré plusieurs acteurs de l’écosystème financier brésilien ; Nubank, Itaú Unibanco, PicPay et l’association ABFintechs pour observer les usages concrets du système côté marché.
Le différend commercial autour du PIX illustre la portée géopolitique que peut prendre une infrastructure de paiement public à forte adoption. Pour les entrepreneurs tunisiens de la fintech, l’expérience brésilienne suggère qu’un futur système de paiement instantané piloté par la BCT devra anticiper les équilibres entre gratuité pour l’usager, gouvernance publique et coexistence avec les acteurs privés déjà établis.









