Une note récente de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE), intitulée « Le capital scientifique, un levier de croissance », évalue à 9,7 milliards de dinars le coût économique annuel de l’érosion des compétences scientifiques en Tunisie, soit l’équivalent de près de 6 % du produit intérieur brut. Ce phénomène, particulièrement marqué dans le domaine des mathématiques, nécessite, selon l’institut une réponse de politique publique structurée.
L’analyse de ce phénomène met en évidence un décalage significatif entre l’expansion de l’accès à l’enseignement supérieur et la valorisation effective des compétences acquises sur le marché du travail. Le taux de chômage des diplômés du supérieur est ainsi passé de 3,8 % en 1994 à près de 25 % à la fin de l’année 2025, alors que le taux de chômage national s’est maintenu dans une fourchette comprise entre 14 et 16 % sur la même période.
Cette divergence traduit, selon l’IACE, une difficulté persistante à transformer l’investissement éducatif en capital productif mobilisable. Le score de 0,52 obtenu par la Tunisie à l’Indice de Capital Humain de la Banque mondiale illustre cette limite : un enfant né aujourd’hui n’atteindrait, à l’âge adulte, qu’environ la moitié de son potentiel productif théorique.
Des coûts partagés entre familles et État
Face aux insuffisances du système public, les ménages ont consacré environ 500 millions de dinars en 2025 aux cours particuliers de mathématiques, une charge inégalement répartie selon les revenus. Le budget public alloué à l’éducation et à l’enseignement supérieur atteint pour sa part 11 milliards de dinars en 2026, soit près du double du budget d’investissement de l’État, fixé à 5,55 milliards de dinars et en progression annuelle de 5 %. L’IACE préconise, à cet égard, la mise en place d’un dispositif national de suivi des compétences scientifiques et d’une gouvernance interministérielle dédiée.
Ce déficit de compétences scientifiques constitue un indicateur pertinent pour les investisseurs technologiques et industriels, dans la mesure où la disponibilité de talents qualifiés demeure un facteur croissant dans les décisions de localisation des projets à forte valeur ajoutée.









