Plus de 4 milliards de dollars levés auprès d’au moins 3,5 millions de victimes, une prétendue cryptomonnaie qui n’en était pas vraiment une et une dirigeante toujours introuvable: près de neuf ans après sa disparition, l’affaire Ruja Ignatova reste l’un des plus spectaculaires scandales de l’histoire des cryptomonnaies.
En 2014, Ignatova cofonde OneCoin en Bulgarie avec Karl Sebastian Greenwood. Le projet est présenté comme une nouvelle monnaie numérique capable de rivaliser avec Bitcoin. Ignatova devient rapidement le visage du projet et se fait appeler la «Cryptoqueen». OneCoin est commercialisé à travers un vaste réseau de marketing multiniveau: les membres sont rémunérés lorsqu’ils recrutent de nouveaux investisseurs et leur vendent des packages permettant d’acquérir des OneCoins.
Le modèle permet à OneCoin de grossir très rapidement. Selon les dossiers judiciaires américains, au moins 3,5 millions de personnes ont investi dans le système et plus de 4 milliards de dollars ont été encaissés entre le quatrième trimestre 2014 et le quatrième trimestre 2016. Les documents du DOJ montrent également que OneCoin aurait enregistré plus de 4 milliards de dollars de ventes sur cette période.
Le discours commercial reposait notamment sur l’existence d’une blockchain. Mais les enquêteurs américains ont établi que OneCoin ne disposait pas d’une véritable blockchain publique et vérifiable comme celles utilisées par les cryptomonnaies légitimes. Plus troublant encore, des documents internes ont montré que certaines pièces attribuées aux membres n’existaient même pas dans le registre interne présenté comme la blockchain de OneCoin. Les dirigeants parlaient eux-mêmes de «fake coins». Le prix du OneCoin n’était pas non plus déterminé par le marché: il était fixé en interne par l’organisation. Le fonctionnement ressemblait donc davantage à un système pyramidal alimenté par le recrutement qu’à un véritable projet technologique. Les autorités américaines ont finalement décrit OneCoin comme une fraudulent cryptocurrency commercialisée à travers un réseau de marketing multiniveau.
Puis, tout s’arrête
Le 12 octobre 2017, Ruja Ignatova est inculpée aux États-Unis pour fraude électronique, fraude en valeurs mobilières et blanchiment d’argent. Un mandat fédéral est délivré contre elle. Treize jours plus tard, le 25 octobre 2017, elle prend un vol commercial entre Sofia et Athènes. Elle arrive en Grèce et disparaît ensuite de la circulation. Depuis, aucune apparition publique confirmée n’a permis de déterminer où elle se trouve. L’enquête ne s’est pourtant pas arrêtée là. Plusieurs membres importants de l’organisation ont été poursuivis. Karl Sebastian Greenwood, cofondateur de OneCoin, a notamment été condamné en 2023 à 20 ans de prison. D’autres responsables ont également été condamnés pour leur participation au blanchiment des fonds issus de la fraude.
En juin 2022, Ignatova a rejoint la liste des Ten Most Wanted Fugitives du FBI. Les enquêteurs estiment qu’elle pourrait voyager avec des gardes armés ou des personnes chargées de sa protection et qu’elle pourrait avoir recours à des changements d’apparence. Le département d’État américain offre jusqu’à 5 millions de dollars pour toute information conduisant à son arrestation ou à sa condamnation.
Et l’affaire est loin d’être juridiquement terminée. En avril 2026, le département américain de la Justice a annoncé le lancement d’un processus d’indemnisation des victimes de OneCoin. Plus de 40 millions de dollars d’actifs confisqués sont actuellement disponibles pour cette procédure. Les personnes ayant acheté des OneCoins entre 2014 et 2019 peuvent, sous certaines conditions, demander une indemnisation.
L’affaire OneCoin laisse surtout une leçon très concrète pour les investisseurs et entrepreneurs: une technologie présentée comme révolutionnaire ne constitue pas, à elle seule, une preuve de valeur. Dans le cas de OneCoin, le marketing, les promesses de rendement et le recrutement ont précédé la vérification de la technologie. Et des millions d’investisseurs en ont payé le prix.









