Deux ultimatums coup sur coup viennent de placer la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) sous pression cet été 2026. Le premier, lancé par le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT), expirait le 1er juillet ; le second, porté par les fournisseurs de dispositifs médicaux et qui court jusqu’au 31 août !
Deux fronts, une même colère
Le 24 juin, le SPOT a menacé de suspendre la prise en charge des assurés, son président Zoubeir Guiga évoquant environ 80 MDT de créances et des retards de paiement de trois à quatre mois.
Un protocole d’accord signé en janvier entre les deux parties est aujourd’hui qualifié de « mort-né » par l’ancien président du syndicat, Naoufel Amira. Une cellule de crise a été mise en place le 30 juin et une réunion présidée par le ministre des Affaires sociales est prévue à la mi-juillet.
Côté équipements médicaux, la Chambre syndicale des dispositifs médicaux de l’UTICA dénonce des impayés remontant dans certains cas à 2020, touchant plus de 600 entreprises. Il s’agit d’une crise de liquidités inédite, à laquelle font face ces entreprises qui ne sont pas loin de suspendre toute activité de livraison et de maintenance.
Un excédent qui n’existe qu’en comptabilité
La situation de la CNAM est d’autant plus paradoxale que ses derniers comptes publics, arrêtés à 2022, affichent un résultat net dépassant le milliard de dinars sur deux exercices de suite. Néanmoins, cet excédent est virtuel, il ne se lit que dans les écritures comptables. L’essentiel provient de créances de la CNSS et la CNRPS, qui collectent les cotisations pour son compte : elles représentent 82% du bilan et progressent chaque année plus rapidement que le résultat lui-même.
Concrètement, la CNAM comptabilise des créances qu’elle ne peut pas encaisser, pas de l’argent liquide. La trésorerie réelle, elle, plafonne à 75,5 MDT fin 2022, à peine de quoi couvrir la dette envers les pharmaciens. Et le phénomène se propage en cascade, faute d’être payée, la caisse ne paie pas à son tour, ce qu’elle doit aux hôpitaux et cliniques grimpe de 44% en deux ans. Autre problème, aucun exercice postérieur à 2022 n’a été publié, ce qui prive parlementaires et créanciers de toute visibilité sur la situation actuelle.
Un frein pour tout un secteur
Au-delà de la crise de liquidités immédiate, ces impayés chroniques dissuadent l’investissement dans le secteur médical. Les entreprises de dispositifs médicaux, contraintes de financer la CNAM sur leurs propres fonds, gèlent leurs projets d’extension et, pour certaines, cessent carrément d’importer.
Un poste client aussi dégradé pèse également sur leur accès au crédit bancaire, les banques étant naturellement plus frileuses face à des créances qui traînent depuis parfois quatre ans. D’autant que l’absence de comptes publiés depuis 2022 n’arrange rien, elle rend le risque de contrepartie de la caisse illisible pour tout investisseur ou distributeur étranger qui voudrait s’implanter sur le marché tunisien de la santé.








