«L’industrie de demain sera inclusive ou ne sera pas pleinement». C’est par cette déclaration que Lassaad Ben Hassine, Représentant pays de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (UNIDO), a ouvert la Journée internationale des femmes dans l’industrie.
Dans son intervention, il a posé un cadre clair: l’industrie reste un pilier stratégique des économies modernes. Selon les données de la Banque mondiale, elle représentait encore 22,2 % du PIB dans les pays à revenu élevé en 2023. Malgré la montée de la digitalisation et de la transition verte, son rôle dans la création de valeur et d’emplois reste central. Mais pour lui, un enjeu majeur persiste. L’industrie continue de sous-exploiter une partie essentielle de son potentiel humain. Les compétences féminines restent insuffisamment mobilisées, notamment dans les métiers techniques, l’innovation et les postes de décision.
Il a structuré son intervention autour de trois messages clés. Le premier concerne la performance. L’inclusion des femmes n’est pas seulement une question d’équité. C’est aussi un levier économique. À l’échelle mondiale, les femmes représentent environ 41 % de la main-d’œuvre industrielle. Pourtant, elles sont concentrées dans les emplois les moins qualifiés et restent sous-représentées dans les fonctions stratégiques. Une industrie qui n’exploite pas pleinement ces talents limite sa compétitivité, sa capacité d’innovation et sa résilience. Le deuxième message porte sur la qualité de la participation. Le défi n’est plus uniquement d’intégrer les femmes dans l’industrie, mais de renforcer leur positionnement. Les chiffres montrent un recul progressif de leur présence à mesure que l’on se rapproche des fonctions technologiques et décisionnelles. En Europe, elles représentent plus de 40 % des scientifiques et ingénieurs, mais seulement 22,4 % dans l’industrie manufacturière et environ 35 % dans le management. Cette inégalité commence dès la formation, où les femmes restent minoritaires dans les filières scientifiques à l’échelle mondiale. Le troisième message met l’accent sur les conditions de réussite. Les progrès ne sont pas automatiques. Ils reposent sur des écosystèmes cohérents. Cela inclut des politiques publiques adaptées, des systèmes de formation pertinents, un meilleur accès au financement, des pratiques de recrutement inclusives et surtout des modèles féminins visibles. « L’inclusion ne se décrète pas, elle se construit », a-t-il résumé. Appliquant cette lecture au contexte tunisien, Lassaad Ben Hassine a souligné l’existence d’un potentiel réel. Selon les données de l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII), plus de 500 entreprises industrielles sont dirigées par des femmes, générant environ 42 000 emplois. Toutefois, cette présence reste concentrée dans des secteurs comme le textile et l’agroalimentaire.
Enfin, il a mis en avant la nouvelle phase de coopération entre la Tunisie et l’UNIDO pour la période 2026-2030. Ce cadre repose sur plusieurs priorités, dont l’innovation, la transition énergétique, l’économie circulaire et le développement des compétences. Il comprend déjà une quinzaine de projets dans des secteurs clés comme l’industrie 4.0, l’agro-industrie et la mobilité électrique.









