Les chiffres du Compte Satellite du Tourisme 2025, qui viennent d’être publiés par l’INS, révèlent une réalité souvent occultée: le tourisme tunisien n’est pas seulement une industrie de flux, c’est une industrie de valeur.
En 2025, la valeur ajoutée brute directe du tourisme s’est établie à 8 662,5 MTND, soit 5,4% de la valeur ajoutée brute totale du pays. Le PIB direct du tourisme s’établit à 8 935,3 MTND, représentant 5,2% du PIB national. Ces ratios, en légère progression sur les dernières années, confirment le poids structurel du secteur dans l’économie nationale.
L’aspect le plus intéressant réside dans la répartition de cette valeur. Les comptes publiés montrent que l’hébergement capte, à lui seul, 40,3% des dépenses du tourisme récepteur et 38% de la demande intérieure totale. Pourtant, sa contribution à la valeur ajoutée brute touristique n’est que de 1 817 MTND, contre 6 285 MTND pour la restauration et 6 280 MTND pour le transport de passagers. L’hébergement génère le plus de dépenses, mais pas le plus de valeur ajoutée. La restauration et le transport, moins visibles dans les enquêtes de dépenses, sont les véritables moteurs de la valeur.
Cette asymétrie révèle une évidence stratégique: le modèle touristique tunisien, encore largement dépendant de l’hôtellerie et de ses marges comprimées, sous-exploite les segments à plus forte valeur ajoutée que sont la restauration et le transport. Le ratio de contribution du tourisme à la production de services d’hébergement atteint 95%, ce qui signifie que l’hôtellerie est presque entièrement touristique, alors que la restauration n’est touristique qu’à 21,2%. Le potentiel de croissance réside donc moins dans la construction de nouveaux hôtels que dans la montée en gamme des services connexes et dans la captation d’une part plus large de la dépense touristique par les acteurs locaux. Le tourisme tunisien n’a pas un problème de volume, il a un problème de structure de valeur.


