Entre 2015 et septembre 2026, le niveau général des prix à la consommation en Tunisie a presque doublé, atteignant un score de 198,9, soit une hausse d’environ 99% par rapport à l’année de base, 2015. Pour que l’indice atteigne 200, il manque environ 1,07 point d’indice. Au rythme actuel, cela pourrait être franchi dans les tout prochains mois.
Est-ce que cela signifie mécaniquement un doublement du coût de la vie pour les ménages? Pas nécessairement et pas pour tous les ménages. Si les chiffres macroéconomiques actent un quasi-doublement du niveau général des prix sur la décennie, l’impact microéconomique ne se répartit pas de manière uniforme.
L’Indice des prix à la consommation repose sur un panier moyen standard. Or, pour les ménages modestes et la classe moyenne inférieure, les postes budgétaires incompressibles (l’alimentation et le transport) absorbent une grande part de leurs revenus. Puisque ce sont précisément ces postes qui ont subi les hausses les plus importantes, l’inflation perçue par ces catégories sociales est nettement supérieure à la moyenne officielle de 99%.
Au-delà des biens de consommation courante, l’inflation s’est installée durablement sur les services de santé, les frais de scolarité et l’accès au logement. Ces dépenses contraintes ne peuvent être réduites à court terme, privant les ménages de marges de manœuvre et renforçant le sentiment d’asphyxie financière.
Par ailleurs, un doublement des prix n’a de sens qu’en le mettant en balance avec l’évolution du revenu nominal. Entre 2015 et 2026, si les prix ont grimpé de près de 100%, les salaires n’ont connu que des revalorisations fragmentaires et décalées par rapport à l’érosion du pouvoir d’achat. Le résultat direct est une contraction sévère du revenu réel. Ce constat nous rappelle, tous, que la stabilité des grands équilibres n’a de sens que si elle intègre la soutenabilité sociale du coût de la vie pour l’ensemble de la population.









