Tunis Re veut doubler son capital pour renforcer ses fonds propres et poursuivre son développement à l’international. La Société Tunisienne de Réassurance prévoit de le porter de 100 à 200 millions de dinars, à travers une incorporation de réserves et une augmentation de capital en numéraire.
Cette opération répond notamment au durcissement des exigences financières sur plusieurs marchés étrangers. 58% du chiffre d’affaires de Tunis Re provient aujourd’hui de l’international. «Nous sommes obligés d’agir rapidement», a expliqué Lamia Ben Mahmoud, directrice générale de Tunis Re, lors de la communication financière de la société. Le problème est aussi lié à la dépréciation du dinar. Le capital actuel de 100 MD représente environ 34 millions de dollars, alors que certains marchés imposent désormais des niveaux de capital beaucoup plus élevés. En Égypte, par exemple, le capital minimum requis atteint 75 millions de dollars, avec des fonds propres de 125 millions de dollars. Tunis Re a dû quitter ce marché depuis 2024. En Jordanie, le capital minimum exigé s’élève à 141 millions de dollars. Certains marchés du Golfe imposent, de leur côté, des exigences de notation pouvant atteindre B+. Pour Tunis Re, le renforcement des fonds propres est donc devenu nécessaire pour préserver son accès à certains marchés et soutenir son développement. Créée en 1981, la société est aujourd’hui présente dans plus de 50 pays, avec plus de 500 partenaires et plus de 90 entreprises de réassurance. Son activité internationale couvre principalement le Maghreb, l’Afrique et les pays arabes. Cette expansion permet à Tunis Re de dépasser les limites d’un marché tunisien dont le potentiel reste important, mais dont la taille demeure réduite. Le taux de pénétration de l’assurance en Tunisie ne dépasse pas 2 % du PIB, selon les données présentées par la direction. La société reste toutefois confrontée à une forte concurrence internationale. Elle doit également composer avec sa notation B avec perspective stable attribuée par Fitch, affectée notamment par la dégradation de la notation souveraine tunisienne. Ce risque pays limite son accès à certains marchés exigeant des ratings plus élevés.
Une opération de 100 MD
Sur les 100 MD d’augmentation du capital, 25 MD proviendront d’une incorporation de réserves, avec l’émission de 5 millions d’actions gratuites, à raison d’une nouvelle action pour une ancienne. Les 75 MD restants seront levés en numéraire, à travers l’émission de 15 millions d’actions nouvelles, à raison de trois actions nouvelles pour quatre anciennes, au prix de 8 dinars par action, dont 5 dinars de valeur nominale et 3 dinars de prime d’émission. La souscription réservée aux anciens actionnaires et aux cessionnaires de droits préférentiels est prévue du 15 septembre au 2 octobre 2026. Une phase de redistribution suivra du 12 au 16 octobre, avant une éventuelle ouverture au public du 26 au 30 octobre, si l’opération n’est pas entièrement souscrite. Au-delà des exigences réglementaires, Tunis Re veut utiliser ces fonds propres supplémentaires pour augmenter sa capacité de rétention des risques. Le taux de rétention devrait ainsi passer de 72 % à 79 % à l’horizon 2030. Le plan prévoit également une croissance moyenne du chiffre d’affaires de 10,8 % par an, contre 243 MD en 2025, pour atteindre environ 405 MD en fin de période. Les placements devraient progresser de 610 à 915 MD, tandis que la marge de solvabilité moyenne est attendue à 198 %, contre un minimum réglementaire de 100%. Pour Tunis Re, le doublement du capital doit donc permettre de consolider sa solidité financière avant d’accélérer son développement. Dans un marché où les capacités de réassurance sont abondantes, la société veut surtout valoriser son expertise et renforcer sa position sur les marchés étrangers.









