Un fruit encore peu connu du grand public est au cœur d’un pari industriel de plus de 3 milliards de dollars au Brésil. La macaúba, une plante native du pays dont le fruit est particulièrement riche en huile, doit servir de matière première à une nouvelle chaîne de production de carburants renouvelables, notamment de SAF (Sustainable Aviation Fuel) et de diesel renouvelable.
Le projet est porté par Acelen Renováveis, entreprise du fonds Mubadala Capital. Il combine recherche agronomique, plantations, extraction d’huile et production industrielle de carburants. La bioraffinerie prévue à São Francisco do Conde, dans l’État de Bahia, dont la construction doit démarrer à la suite du financement annoncé en mai 2026. 1,5 milliard de dollars ont été sécurisés pour commencer la construction. S&P Global confirme également que l’exploitation est prévue en 2029.
L’intérêt de la macaúba tient d’abord à son rendement. Selon Acelen Renováveis, elle peut produire 7 à 10 fois plus d’huile par hectare que le soja. Autre avantage mis en avant par l’entreprise: elle peut être cultivée sur des pâturages dégradés, sans entrer directement en concurrence avec les cultures alimentaires.
Le projet prévoit ainsi jusqu’à 144 000 hectares de plantations sur des terres dégradées, dont 20% devraient être développés avec des agriculteurs familiaux et de petits producteurs. L’objectif est de créer une chaîne intégrée allant de la production des plants jusqu’au carburant livré au marché. La phase agricole a déjà commencé. Acelen indique que plus de 800 000 plants de macaúba doivent être plantés sur 1 500 hectares en 2026. En parallèle, Acelen Agripark, à Montes Claros, dans le Minas Gerais, travaille sur la sélection génétique, la germination et les techniques permettant de passer d’une plante difficile à cultiver à grande échelle à une véritable culture industrielle. Plus de 200 chercheurs travaillent notamment sur la domestication et l’industrialisation de cette culture, selon Bloomberg Línea. L’enjeu est majeur: rendre suffisamment prévisible la production agricole pour alimenter une industrie qui, elle, fonctionnera à une tout autre échelle.
La macaúba ne sera pas seule au démarrage
Il faut toutefois éviter un raccourci: le SAF produit par la future bioraffinerie ne proviendra pas immédiatement uniquement de la macaúba.
L’usine utilisera plusieurs matières premières, notamment l’huile de soja et les huiles de cuisson usagées, en plus de l’huile de macaúba. La technologie retenue, appelée HEFA, permet de transformer ces huiles et graisses en carburants renouvelables. Acelen prévoit par ailleurs que l’utilisation de l’huile de macaúba à grande échelle prendra progressivement le relais, avec une production issue de cette matière première attendue à partir de 2030. C’est donc moins une simple histoire de «fruit transformé en carburant» qu’une tentative de construire une nouvelle chaîne industrielle complète, depuis la génétique végétale jusqu’au marché mondial de l’aviation.
L’enjeu dépasse également le seul secteur énergétique. Selon une étude de la Fondation Getúlio Vargas citée par Acelen, la chaîne intégrée pourrait générer jusqu’à 85 000 emplois directs et indirects au cours de la prochaine décennie et injecter jusqu’à 40 milliards de dollars dans l’économie brésilienne. Au pic du chantier de la bioraffinerie, environ 3 600 emplois directs et indirects sont attendus. Pour le Brésil, l’objectif est de transformer un avantage agricole en avantage industriel: produire localement la matière première, développer les technologies nécessaires à sa culture, la transformer en carburant et viser ensuite les marchés internationaux du SAF.
La macaúba devient ainsi le pari d’une filière qui cherche à résoudre deux problèmes à la fois: trouver davantage de matières premières pour décarboner l’aviation et valoriser des terres agricoles aujourd’hui dégradées. Si le passage à l’échelle fonctionne, cette petite baie issue d’un palmier pourrait devenir l’un des nouveaux actifs stratégiques de l’industrie brésilienne des carburants renouvelables.







