Pour un entrepreneur, un passeport ne détermine plus seulement où il peut voyager. Il peut aussi influencer sa capacité à rencontrer des investisseurs, accéder à des marchés, développer son entreprise ou réagir rapidement à une crise. C’est sur cette nouvelle réalité que s’appuie l’essor de la migration par investissement.
Le phénomène répond à une inégalité très concrète. Selon le Henley Passport Index 2026, les Singapouriens peuvent accéder à 192 destinations sans visa préalable, contre seulement 24 pour les détenteurs du passeport afghan. L’écart atteint ainsi 168 destinations. Cette différence ne se limite pas au tourisme. Pour un dirigeant, chaque procédure de visa peut représenter des délais supplémentaires pour participer à un salon, rencontrer un client, négocier avec un partenaire ou se rendre auprès d’un investisseur.
Dans un environnement où les entreprises se développent rapidement à l’international, la mobilité devient un facteur opérationnel. Un fondateur qui peut se déplacer facilement entre plusieurs marchés dispose d’une plus grande capacité à réagir aux opportunités. Des travaux universitaires consacrés aux passeports et à la mobilité montrent d’ailleurs que les restrictions de visa affectent directement la mobilité géographique et professionnelle.
Le phénomène est particulièrement visible en Afrique. Henley & Partners relève une progression importante des demandes de solutions de résidence et de citoyenneté par investissement sur le continent. Entre 2023 et 2024, les demandes de renseignements ont notamment progressé de 154% au Maroc et en Algérie et de 138% en Égypte.
Pour les entrepreneurs africains, l’enjeu est souvent lié à l’accès aux marchés internationaux. Une étude consacrée aux fondateurs francophones du continent décrit ainsi les délais liés aux visas comme un frein potentiel au développement des startups, notamment lorsqu’il faut rencontrer des investisseurs ou se déployer dans de nouveaux marchés.
Cette évolution ne signifie pas que tous les entrepreneurs cherchent à acheter un deuxième passeport. Les solutions sont plus larges: résidence par investissement, visas pour entrepreneurs, programmes destinés aux investisseurs ou, dans certains pays, accès à la citoyenneté après investissement et respect de conditions précises.
Le rapport Investment Migration Programs 2025 de Henley & Partners recensait 40 programmes de résidence ou de citoyenneté par investissement parmi les principaux dispositifs analysés dans le monde. La Grèce occupait la première place de son classement des programmes de résidence par investissement, tandis que Malte arrivait en tête pour les programmes de citoyenneté analysés.
Le choix ne doit cependant pas se résumer au nombre de pays accessibles sans visa. Les critères à examiner sont beaucoup plus larges: montant de l’investissement, durée et conditions de résidence, fiscalité, stabilité juridique, accès aux marchés, droits de la famille, possibilité de créer une entreprise et règles sur la double nationalité.
Pour les investisseurs fortunés, cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de diversification géographique. Henley & Partners prévoyait en 2025 le déplacement international de 142 000 personnes fortunées, après 134 000 en 2024. La logique est comparable à celle d’un portefeuille financier: ne pas concentrer tous ses actifs dans une seule juridiction. Une résidence supplémentaire peut offrir une solution de repli ou faciliter l’accès à certains marchés, tandis qu’une citoyenneté supplémentaire peut élargir les possibilités de déplacement. Mais cette stratégie comporte aussi des limites. Les programmes changent, les conditions d’éligibilité évoluent et les règles de visa peuvent être modifiées. L’accès à une résidence ou à une citoyenneté ne garantit donc ni la réussite d’une entreprise ni un avantage fiscal automatique.
Pour les entrepreneurs, le véritable sujet est finalement moins le «passeport puissant» que la capacité à réduire les frictions géographiques qui peuvent ralentir une entreprise internationale. La mobilité devient ainsi un élément de la stratégie patrimoniale et entrepreneuriale, au même titre que la diversification des marchés, des capitaux ou des implantations.









