4,2 milliards de sacs plastiques sont consommés chaque année, soit 400 par habitant: le chiffre est connu, sans cesse repris, presque banalisé! C’est bien là une partie du problème.
Malgré des années d’alertes, une large partie de la population tunisienne ne perçoit toujours pas l’ampleur réelle des dégâts environnementaux liés à cet usage; décharges saturées, sols pollués et littoral méditerranéen où les déchets plastiques représentent déjà plus de 84% des rejets marins.
Des textes de loi qui ont aggravé la situation
Vingt-cinq députés remettent aujourd’hui le sujet sur la table, avec un texte de 23 articles censé, cette fois, frapper plus fort. Mais l’histoire récente invite à la prudence: ce n’est pas la première tentative de régulation, et les précédentes n’ont pas seulement échoué, elles ont carrément aggravé la situation. Les réglementations antérieures ont été, même, détournées de leur objectif initial, donnant lieu à des scandales de corruption.
Autre effet pervers largement documenté: la grande distribution a profité des failles des textes précédents pour transformer un service gratuit en source de revenu, en facturant des sacs autrefois distribués sans frais aux caisses. Ironie du système, ces sacs, en théorie réutilisables, finissent presque systématiquement à la poubelle après une seule et unique utilisation, le consommateur reproduisant, par habitude, le même geste qu’avec l’ancien sac jetable gratuit.
Remodeler le comportement du consommateur
Le nouveau texte tente justement de remodeler le comportement du consommateur tunisien. Sacs réutilisables certifiés (20 cycles, charge de 10 kg) ou biodégradables, sanctions alourdies jusqu’à 50 000 dinars et deux ans de prison: l’arsenal réglementaire prévu se veut plus complet que jamais.
En dépit du volet répressif, l’innovation principale du texte proposé est ailleurs, dans le principe de «Responsabilité élargie du producteur»: ce ne serait plus au consommateur ou à l’État d’assumer seuls le coût du plastique abandonné dans la nature, mais aux fabricants eux-mêmes, qui pourront bénéficier de prêts bonifiés pour financer cette transition et être tenus pour responsables pour les dérives qui seront constatées. Un rééquilibrage qui prend tout son sens face à l’ampleur des dégâts: près de 188 000 tonnes de déchets plastiques générées chaque année, dont plus de la moitié qui échappe à un traitement adéquat.
Reste une question de fond, rarement formulée frontalement: une loi, aussi solide qu’elle soit, peut-elle changer un comportement si l’urgence environnementale n’est pas d’abord assimilée et intégrée par la population elle-même ?


