« 2026, c’est l’année de la singularité» C’est avec cette phrase que Karim Beguir a donné le ton de l’AI Infrastructure Forum organisé ce 19 mai à Tunis.
Pour le fondateur d’InstaDeep, l’intelligence artificielle est entrée dans une phase d’accélération sans précédent, capable de transformer les équilibres économiques mondiaux beaucoup plus vite que prévu. Selon lui, « en un mois en 2026, on a autant de progrès que six mois à un an il y a cinq ans».
Mais derrière cette accélération technologique, le véritable enjeu évoqué durant l’événement est surtout géopolitique et économique : la Tunisie dispose-t-elle encore d’une fenêtre pour se positionner dans la nouvelle chaîne de valeur mondiale de l’IA ? Karim Beguir estime que oui, mais pour une durée très limitée. D’après lui, les 24 prochains mois seront décisifs.
Dans son intervention, Beguir a expliqué que les progrès de l’IA ne sont plus linéaires mais «verticaux». Les nouveaux agents intelligents capables d’effectuer des tâches cognitives complexes gagnent rapidement en autonomie. Il a notamment cité les avancées récentes dans la programmation, où certains systèmes sont passés de six heures d’autonomie à près de 17 heures en quelques mois seulement. Selon lui, décembre 2025 constitue même une rupture plus importante encore que l’arrivée de OpenAI en 2022, car l’IA commence désormais à transformer profondément les modes de production.
Cette transformation touche aussi les tâches physiques. Karim Beguir a évoqué les progrès rapides des robots autonomes dans les environnements logistiques et industriels, estimant que l’écart avec les performances humaines se réduit fortement. Mais au-delà de la technologie elle-même, le fondateur d’InstaDeep a surtout insisté sur un autre basculement : la ressource stratégique du XXIe siècle n’est plus uniquement la donnée, mais la puissance de calcul. Selon lui, 90 % de cette capacité mondiale est aujourd’hui contrôlée par les États-Unis et la Chine. Une concentration qu’il juge historique. Cette course mondiale explique l’explosion des investissements dans les infrastructures d’intelligence artificielle et les data centers. D’après les chiffres partagés durant le forum, les investissements américains dans ce domaine atteindraient cette année près de 700 milliards de dollars.
L’énergie devient la clé de la bataille mondiale
Cependant, cette montée en puissance de l’IA fait apparaître une nouvelle limite : l’énergie.
Karim Beguir a indiqué que les data centers représenteraient déjà environ 7 % de la consommation électrique des États-Unis. Pour lui, la capacité énergétique devient désormais le principal facteur limitant du développement de l’intelligence artificielle. C’est précisément sur ce point que la Tunisie pourrait trouver une opportunité stratégique. Le fondateur d’InstaDeep a défendu l’idée d’une Tunisie capable de transformer son potentiel solaire en puissance de calcul et en intelligence artificielle. Selon lui, environ 4 % du désert tunisien pourrait théoriquement couvrir jusqu’à 10 % des besoins énergétiques de l’Europe. Mais l’objectif ne serait pas simplement d’exporter de l’électricité.
« Le produit raffiné le plus important de l’histoire, c’est l’intelligence », a-t-il déclaré, appelant à transformer l’énergie locale en capacités de calcul, en data centers et en services IA à forte valeur ajoutée.








