Les entreprises de la région Mena réalisent en moyenne neuf bilans ESG par an, témoignant d’une activité soutenue. Mais si leurs efforts sont bien réels, ils restent peu visibles à l’extérieur, les résultats étant rarement partagés avec le grand public. Comment expliquer ce décalage entre l’ampleur des actions menées et leur faible visibilité?
Dans la région Mena, l’ESG s’impose désormais comme un enjeu prioritaire pour les entreprises. C’est ce qui ressort du Mena ESG Report 2025 de Cicero & Bernay, réalisé sur la base d’une enquête auprès de 361 dirigeants issus de plus de 20 secteurs. Ainsi, 99% d’entre elles priorisent au moins deux des trois piliers (environnemental, social, gouvernance), et 52% les traitent au même niveau. Leur engagement remonte à huit ans en moyenne, même si une entreprise sur cinq s’est lancée il y a moins de deux ans.
Les motivations diffèrent d’un pays à l’autre: la réglementation constitue le principal facteur en Arabie saoudite et en Égypte (36% dans les deux cas), tandis que la rentabilité à long terme prédomine au Koweït (41%) et à Oman (35%). Au Liban, c’est davantage la dimension éthique qui motive les répondants (36%).
Reste toutefois à déterminer la mesure dans laquelle ces efforts sont véritablement reconnus et valorisés. En effet, 99% des entreprises affirment mesurer leur impact, mais les méthodes diffèrent. Les notations et indices ESG sont cités par 45% d’entre elles, les retours qualitatifs des parties prenantes par 42% et les indicateurs internes par 37%. Seules 31% s’appuient sur des référentiels comme GRI (Global Reporting Initiative), SASB (Sustainability Accounting Standards Board) ou TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures). On observe également des différences selon les secteurs: la finance et l’IT privilégient les chiffres, tandis que la construction et l’ingénierie accordent plus d’importance aux retours qualitatifs.
Les entreprises assurent un suivi assez fréquent de cette mesure, avec une moyenne de 8,7 communications par an. Environ deux tiers d’entre elles publient au moins chaque trimestre, tandis que 45% communiquent tous les mois. Néanmoins, ces communications restent principalement destinées à des acteurs internes, tandis que les publications externes sont encore peu fréquentes et souvent irrégulières. À noter que le dialogue avec les parties prenantes reste également limité: seules 38% des entreprises organisent des échanges réguliers pour recueillir leurs avis et ajuster leur démarche.
Selon le rapport Mena ESG Report 2025, la mesure de l’impact ESG dans la région se heurte à plusieurs difficultés, sans qu’aucune ne se démarque véritablement des autres. Les obstacles les plus fréquemment cités sont le manque d’organisations tierces pour accompagner les entreprises (36%), l’insuffisance des moyens de mesure (34%), le manque de clarté dans la répartition des responsabilités liées aux projets (30%) et l’absence d’indicateurs standardisés (29%). La situation est particulièrement marquée en Jordanie, où 68% des entreprises pointent un manque de ressources et 64% un accompagnement extérieur insuffisant. Un constat plus encourageant ressort toutefois de l’étude: les entreprises qui font appel à des prestataires externes rencontrent nettement moins de difficultés, ce qui souligne l’apport de l’expertise extérieure dans la mise en œuvre de leur démarche de durabilité.
À l’horizon des douze prochains mois, 47% des répondants envisagent de préserver un équilibre entre les trois piliers, tandis que la priorité accordée à l’environnement recule de 8%. La mesure de l’impact reste le défi majeur en Jordanie (44%), aux Émirats arabes unis (44%) et à Oman (42%).








