La Tunisie a construit, depuis les années 1970, des filières exportatrices dans le textile, la mécanique et les industries électriques et électroniques. Pour la prochaine étape, le président de la Conect veut que les investissements contribuent davantage au développement des fournisseurs locaux, de l’ingénierie et de la recherche.
Une usine peut exporter, créer des emplois et contribuer à l’activité économique. Mais que reste-t-il autour d’elle lorsque les commandes s’arrêtent ou que les marchés changent? La question renvoie à un enjeu de fond pour l’industrie tunisienne. Transformer les investissements en occasions de développement pour un tissu plus large d’entreprises locales! C’est dans cette perspective qu’Aslan Berjeb, président de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), a placé son discours d’ouverture de la première édition des Tunisia Industry Talks 2026, organisée le 21 octobre à Tunis sous le patronage du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, avec la Conect et la Konrad-Adenauer-Stiftung Tunisie. Consacrée à la compétitivité, à l’innovation et aux partenariats stratégiques, la rencontre a été l’occasion de poser la question de la place que la Tunisie peut occuper dans l’industrie de demain.
L’histoire industrielle du pays constitue un point de départ. Depuis les années 1970, le textile, la mécanique, les industries électriques et électroniques ainsi que l’agroalimentaire ont contribué à installer la Tunisie dans les circuits de production internationaux. Cet héritage repose sur des entreprises, des compétences techniques, des infrastructures et des savoir-faire développés au fil des décennies. Or, selon Aslan Berjeb, cette base doit désormais permettre d’aller plus loin. L’enjeu n’est pas seulement d’attirer des unités de production ou de participer à des chaînes de valeur mondiales. Il est aussi de faire émerger, autour des investissements, de nouvelles activités capables de retenir davantage de valeur dans le pays.
“Lorsqu’un investissement s’installe, demandons-nous quel fournisseur tunisien il peut mobiliser, quelles compétences tunisiennes il développe et quelles activités nouvelles il peut faire naître autour de lui”, a-t-il déclaré.
L’exemple des industries maritimes donne corps à cette idée. La construction d’un bateau ne se limite pas à son assemblage. Elle fait appel à la conception, aux matériaux, à la mécanique, à l’électronique, aux équipements et à la maintenance. Autant de spécialités qui peuvent représenter des marchés pour des entreprises tunisiennes. Encore faut-il qu’elles disposent des compétences, des moyens et des relations commerciales nécessaires pour intégrer ces projets. Cette logique vaut également pour les autres filières industrielles. La montée en gamme passe par la capacité à intervenir plus tôt dans la chaîne de production, notamment dans la conception, l’ingénierie et le développement technologique.
“Nous disposons d’ingénieurs et de techniciens de très grande qualité. Donnons-leur les moyens de développer ici des solutions reconnues à l’international”, a insisté Aslan Berjeb.
Le rapprochement entre les entreprises, les universités et la recherche scientifique devient alors déterminant. Il s’agit de mieux convertir les compétences disponibles en solutions commercialisables, tout en permettant aux entreprises tunisiennes de se positionner sur des activités plus complexes. Comme l’a résumé le président de la Conect, “l’importance industrielle de notre pays dépasse la taille de son marché intérieur. Elle tient à sa capacité à participer à ce que le monde produit”. Cette évolution ne dépend toutefois pas des seules entreprises. Les financements, la performance logistique, la prévisibilité des procédures et l’adaptation des formations aux besoins industriels font partie des conditions qu’Aslan Berjeb juge nécessaires. Il a également mis l’accent sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et l’intégration de l’intelligence artificielle dans les PME, autant de sujets qui pèsent sur la capacité des entreprises à rester compétitives.
Aux partenaires internationaux, son invitation tient en une phrase: “Venez concevoir, venez produire, venez développer de nouveaux marchés avec les entreprises tunisiennes”
Le défi posé par cette intervention est finalement celui de la profondeur du tissu industriel tunisien. Au-delà des investissements attirés et des volumes exportés, la question est de savoir si les entreprises locales pourront prendre une place plus importante dans la conception, les technologies et les activités qui gravitent autour de la production.








