L’industrie tunisienne poursuit sa mue numérique. Le HUB Industrie 4.0 de l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation (APII) vient de lancer un nouvel appel à projets destiné aux entreprises industrielles qui souhaitent mieux structurer leurs projets de digitalisation. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 13 septembre 2026 à 23h59.
La transformation numérique intéresse les industriels tunisiens, mais peine encore à passer au stade opérationnel. En 2024, 38% des entreprises interrogées dans le Baromètre Industrie 4.0 déclaraient discuter d’une stratégie dans ce domaine, contre 30% deux ans plus tôt. Mais seules 5% avaient finalisé leur stratégie et 14% étaient déjà passées à sa mise en œuvre. Le coût reste le premier frein cité, par 39% des répondants.
Derrière le terme “Industrie 4.0”, il y a une évolution assez simple à comprendre. Les usines produisent désormais beaucoup plus de données qu’auparavant. Machines, capteurs et logiciels permettent de suivre la production en temps réel, de repérer des anomalies, d’anticiper certaines pannes ou encore de contrôler la qualité. À cela s’ajoutent la robotisation et l’intelligence artificielle, qui permettent d’aller plus loin dans l’analyse et l’automatisation.
Pour un industriel, l’intérêt n’est toutefois pas d’accumuler les nouvelles technologies. Il est surtout de savoir lesquelles peuvent répondre à ses propres contraintes. Une entreprise peut, par exemple, chercher à réduire ses arrêts de production, limiter les défauts, mieux suivre sa consommation d’énergie ou automatiser une opération répétitive. C’est précisément sur cette phase de réflexion que porte le programme de l’APII. En effet, les entreprises sélectionnées commenceront par un diagnostic de leurs outils numériques et de leurs processus. Le programme les aidera ensuite à identifier les usages prioritaires et à définir une feuille de route. Un cahier des charges sera également préparé pour un éventuel Proof of Concept (POC), c’est-à-dire un projet pilote permettant de tester une solution avant d’envisager son déploiement.
Cette étape est financée intégralement par la coopération allemande, à travers l’initiative “Invest for Jobs” mise en œuvre par la GIZ Tunisie. Les entreprises bénéficiaires n’auront donc pas à supporter les coûts de conseil liés à cette première phase.
La suite dépendra en revanche d’une nouvelle sélection. Les entreprises ayant réalisé le diagnostic pourront se porter candidates à la phase de déploiement du POC. Leur niveau de maturité numérique, leurs capacités et la faisabilité technique et financière du projet seront notamment pris en compte. Cette seconde phase impliquera un cofinancement de l’entreprise.
L’enjeu est particulièrement important pour l’industrie tunisienne, qui reste au cœur des exportations et des relations avec les donneurs d’ordre étrangers. Dans plusieurs secteurs, la capacité à respecter des standards de qualité, à assurer la traçabilité et à maîtriser les délais et les coûts conditionne directement la compétitivité.
L’IA s’inscrit désormais dans cette équation. Elle peut être utilisée pour analyser les données issues des lignes de production, détecter des défauts par vision artificielle ou encore anticiper les besoins de maintenance. Mais son efficacité dépend d’abord de la qualité des données disponibles et de l’organisation des processus. Une entreprise qui ne sait pas encore quelles données elle produit, où elles sont stockées ou comment elles sont exploitées aura difficilement intérêt à commencer par une solution d’IA.
C’est aussi pour cette raison que le programme commence par un diagnostic plutôt que par l’achat d’une technologie. Pour une PME industrielle, l’investissement dans une nouvelle solution peut rapidement devenir coûteux si le besoin n’a pas été correctement défini.
L’appel est ouvert aux entreprises industrielles implantées et en activité en Tunisie, tous secteurs confondus. Elles doivent notamment présenter une situation financière saine et bénéficier de l’implication de leur direction dans le projet. Plusieurs documents sont demandés, parmi lesquels un extrait récent du RNE, les justificatifs de situation fiscale et sociale, les documents juridiques de l’entreprise et les états financiers du dernier exercice clos.
Pour les industriels, le programme propose donc une première étape assez pragmatique: faire le point sur l’existant, identifier les priorités et préparer un projet avant de passer à l’investissement. Dans une industrie où la donnée et l’IA prennent progressivement une place centrale, cette phase de préparation peut être aussi importante que la technologie elle-même.
Rappelons que le programme est porté en partenariat avec le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie et l’initiative allemande “Invest for Jobs”, mise en œuvre en Tunisie par la GIZ.









