Dans son dernier bulletin consacré au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord, à l’Afghanistan et au Pakistan, la Banque mondiale décrit une région marquée par un “temps économique suspendu”. La croissance y est attendue à seulement 1,8 % d’ici 2026, un niveau insuffisant pour répondre aux besoins d’emplois, absorber la dynamique démographique et offrir de réelles perspectives aux jeunes.
Les conflits récents perturbent les routes commerciales, fragilisent les systèmes énergétiques, augmentent les coûts des échanges et installent une incertitude durable qui freine l’investissement. Certaines infrastructures stratégiques, comme le détroit d’Ormuz, illustrent cet effet de contagion. Leur perturbation entraîne une hausse des prix du pétrole et du gaz, qui se répercute sur les coûts mondiaux, alimente l’inflation et fragilise surtout les pays importateurs. L’impact s’étend aussi à l’agriculture, via la hausse des prix des engrais, avec des risques sur la sécurité alimentaire. Dans le même temps, les taux d’intérêt restent élevés pour contenir l’inflation, ce qui ralentit encore l’investissement et la croissance, d’après la même source.
Les impacts, toutefois, ne sont ni homogènes ni uniformes. Ils dépendent fortement de la proximité des zones de conflit, mais aussi du degré de dépendance des économies aux flux commerciaux et énergétiques. L’Iran, l’Irak, le Liban et certains États du Golfe subissent les impacts les plus directs, notamment à travers les sanctions, les perturbations commerciales et la vulnérabilité des infrastructures. Les pays du Golfe et l’Irak sont particulièrement exposés en raison de leur dépendance au pétrole et aux routes stratégiques. Plus indirectement, des pays comme l’Égypte, la Jordanie ou le Pakistan subissent la hausse des prix de l’énergie, la baisse du tourisme, la diminution des transferts de la diaspora et la pression sur les finances publiques.
Au-delà de ces différences, la Banque mondiale souligne une réalité commune! Ces chocs aggravent des fragilités structurelles déjà existantes: faible diversification économique, secteur privé limité, chômage des jeunes et endettement élevé, lit-on dans le rapport. Les crises successives (pandémie, guerre en Ukraine, conflits régionaux) ont empêché une stabilisation durable et retardé les réformes.
La croissance existe donc, mais reste incomplète. Elle ne se traduit pas assez en emplois et en amélioration du quotidien.
Enfin, le rapport insiste sur un terme central: la paix! Cette dernière est la condition essentielle du développement. Sans elle, aucune stratégie économique ne peut fonctionner durablement. La guerre représente un “développement à l’envers”, pouvant effacer jusqu’à 35 ans de progrès en termes de revenu par habitant dans les pays touchés.
Au final, les conflits apparaissent moins comme des chocs ponctuels que comme des facteurs structurels qui freinent durablement la trajectoire économique de toute la région.









