La première édition du Prix Michael Philip Cracknell pour l’Environnement a récompensé trois projets engagés dans la protection des écosystèmes tunisiens. Doté de 100 000 dinars au total, ce prix devrait s’ouvrir aux initiatives africaines dès sa prochaine édition, selon Essma Ben Hamida, cofondatrice d’Enda.
Trois initiatives tunisiennes se partagent les 100 000 dinars de la première édition du Prix Michael Philip Cracknell pour l’Environnement, lancé par Enda en hommage à son cofondateur, décédé le 4 juillet 2024. La cérémonie de remise des prix s’est tenue le 8 octobre 2026 au Musée national du Bardo, avec l’ambition de soutenir des projets capables d’apporter des réponses concrètes aux défis environnementaux du pays. Le premier prix, doté de 50 000 dinars, a été attribué à Houssem Hamdi pour Soli Green, porté par Tounes Clean Up. Mohamed Rammeh a remporté le deuxième prix, d’une valeur de 30 000 dinars, pour Zigofiltre, associé à Wayout. Le troisième prix, doté de 20 000 dinars, revient à Firas Khelifi pour Jninet El Hafsia, porté par Blue Fish. Au-delà de la récompense financière, Enda entend donner aux porteurs de projets les moyens de consolider leurs initiatives et de changer d’échelle. « L’objectif est de mobiliser de nouveaux acteurs, notamment des jeunes entrepreneurs et des associations, autour de la réduction des déchets, de la protection de la biodiversité, de la préservation de l’eau et du développement des énergies renouvelables » explique Essma Ben Hamida.
200 candidatures, des projets venus de tout le pays
Lancée le 4 juillet 2026, cette première édition a enregistré 200 candidatures, dont 171 déposées dans les délais, provenant des 24 gouvernorats. Après vérification, 93 dossiers ont fait l’objet d’une évaluation technique, avant que 33 initiatives soient soumises au jury. Dix finalistes ont ensuite été auditionnés le 19 septembre. Les projets examinés illustrent les priorités environnementales des porteurs d’initiatives en Tunisie. Selon les chiffres communiqués par Enda, 53 % des projets évalués techniquement concernent les déchets et l’économie circulaire, près de 30 % portent sur l’eau et la résilience climatique, tandis que 12 % s’intéressent à l’agriculture, aux sols et à la biodiversité. Les startups, entrepreneurs et porteurs individuels représentent 69 % des candidatures, signe de la place occupée par l’initiative entrepreneuriale dans cette dynamique.
Pour Essma Ben Hamida, ce prix répond aussi à un enjeu de transmission. Après plusieurs décennies d’engagement dans le développement économique et social, Enda veut s’appuyer sur d’autres acteurs pour poursuivre le travail engagé. « Des acteurs plus jeunes, plus robustes, qui ont encore l’envie et l’énergie pour continuer le combat », a-t-elle expliqué. Le projet lauréat de Houssem Hamdi illustre cette volonté de faire converger environnement et activité économique locale. Soli Green vise la plantation de 12 millions d’arbres d’essences locales à l’horizon 2035, en associant les populations aux projets économiques liés aux forêts tunisiennes. « Nous avons déjà atteint 2,2 millions d’arbres », a indiqué Houssem Hamdi, selon sa déclaration en tunisien. Le projet ambitionne également de mobiliser 1 000 femmes et plus de 5 000 bénévoles. Le montant de 50 000 dinars attribué par le prix vient ainsi soutenir une initiative qui associe restauration des écosystèmes, participation citoyenne et développement local.
Un prix appelé à dépasser les frontières tunisiennes
L’annonce la plus marquante de la cérémonie concerne la prochaine étape du concours. Essma Ben Hamida a indiqué que le prix devrait devenir africain dès 2027. Cette ouverture fait suite notamment à la réception, lors de cette première édition, d’une candidature malienne qui n’a pas pu être retenue, le concours étant alors réservé aux initiatives tunisiennes. Cette évolution pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de coopération entre entrepreneurs, associations et acteurs environnementaux du continent. Elle devra toutefois se traduire par des modalités concrètes pour la prochaine édition. La cérémonie a également été l’occasion de présenter l’édition tunisienne du Manuel pour le citoyen du monde, en présence de ses coauteurs Roberto Savio et Giuliano Rizzi. Traduit en français et en arabe, cet ouvrage compte 19 chapitres consacrés aux grands enjeux contemporains. Enda prévoit de le diffuser dans les maisons de jeunes, les universités et les lycées afin de sensibiliser les nouvelles générations aux défis mondiaux et à leur capacité d’action.
En réunissant soutien financier, mobilisation citoyenne et transmission des connaissances, Enda cherche ainsi à inscrire l’héritage de Michael Philip Cracknell dans une dynamique plus large : faire émerger des solutions environnementales concrètes en Tunisie, puis étendre cette démarche à l’échelle africaine.









