Le Sénégal veut désormais capter une plus grande partie de la valeur créée par son marché numérique. Le pays importe chaque année environ 419 milliards de FCFA de matériel informatique, selon le ministère des Télécommunications et du Numérique. Pour réduire cette dépendance, Dakar vient de conclure un partenariat de 150 millions de dollars, soit environ 88 milliards de FCFA, destiné à développer une capacité locale d’assemblage et de production d’équipements technologiques.
L’accord a été signé le 6 octobre à Dakar par le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, avec le Conseil mondial des investissements et des affaires pour l’Afrique (CMIA) et l’entreprise indienne Blue Cloud Softech Solutions. Il s’inscrit dans le huitième programme du New Deal technologique, baptisé «Sénégal Digital Factory: de l’idée au produit». Le dispositif couvr e notamment l’assemblage, le contrôle qualité, la fourniture d’accessoires, la certification et la propriété intellectuelle. Quelque 200 startups sénégalaises doivent également être mobilisées.
Le premier chantier industriel annoncé doit prendre forme à Diamniadio, avec un complexe d’assemblage dont le démarrage est prévu en décembre 2026. Les premières productions annoncées concernent les ordinateurs, smartphones et tablettes. Le projet doit également intégrer le transfert de technologies et la formation de jeunes Sénégalais, avec l’objectif de faire évoluer progressivement le pays d’un marché essentiellement consommateur de technologies vers une économie capable de les concevoir, assembler et produire localement.
L’enjeu est surtout économique. Avec 419 milliards de FCFA de matériel informatique importé chaque année, le Sénégal dispose déjà d’un marché suffisamment important pour tenter de construire une chaîne de valeur nationale. Une partie de cette dépense pourrait ainsi être transformée en activité pour des assembleurs, fournisseurs, développeurs, entreprises de services, centres de formation et startups locales. Le CMIA doit notamment contribuer à la mobilisation de capitaux privés et à la connexion des écosystèmes sénégalais avec des réseaux régionaux et internationaux, tandis que Blue Cloud Softech apporte son expertise technologique.
Le projet ne part toutefois pas de zéro. Début octobre, le ministère avait mis en avant l’expérience de SunuCorp, qui assemble à Keur Ndiaye Lo des ordinateurs portables, des unités tout-en-un, des écrans interactifs et des totems à partir de composants importés. Son site pilote affiche une capacité d’environ 7 500 ordinateurs par an, tout en servant de support à des formations destinées notamment aux étudiants des écoles d’ingénieurs et aux élèves des lycées techniques.
Cette première expérience illustre la logique recherchée par Dakar: il ne s’agit pas encore de fabriquer localement tous les composants électroniques, mais de faire remonter progressivement davantage d’étapes de la chaîne de valeur au Sénégal. L’assemblage, le contrôle qualité, la certification, la formation, les accessoires et, à terme, la propriété intellectuelle constituent autant de niveaux auxquels les entreprises locales peuvent prendre position.
Le pari est aussi social. Une initiative liée à la Digital Factory indique que 54% de la population sénégalaise reste privée d’équipements informatiques et mobiles, notamment en raison de leur coût. Dans ce contexte, la production et l’assemblage locaux sont présentés comme un moyen potentiel de réduire les coûts d’accès aux équipements et de limiter la fracture numérique.
Cette stratégie s’appuie sur un programme plus large lancé en avril 2026 avec l’UniPod de Diamniadio. Le Sénégal Digital Factory doit rapprocher innovation, prototypage, entrepreneuriat et production, avec l’ambition annoncée de générer 150 000 à 200 000 emplois directs et indirects sur cinq ans, pour un investissement global estimé à 100 milliards de FCFA. Le PNUD confirme le lancement du programme et son articulation avec l’écosystème d’innovation de Diamniadio.









