La durabilité n’est plus seulement une question de gestion des risques pour Coris Holding. Le groupe bancaire panafricain veut désormais en faire un levier de transformation de son modèle d’affaires, avec la finance verte et climatique au cœur de sa stratégie.
C’est l’évolution du groupe qu’a retracée Isham Boris Sonny, responsable de la durabilité de Coris Holding, lors de la 4e édition de l’African ESG Summit, organisée ce 8 octobre 2026 par Managers. Son intervention a montré comment une démarche initialement imposée par un partenaire financier s’est progressivement transformée en une stratégie intégrée à l’échelle du groupe. L’aventure a commencé au sein de la filiale de Coris au Burkina Faso. À l’occasion d’un financement international, l’établissement a été invité à mettre en place une politique environnementale et sociale. À l’époque, la démarche était encore largement nouvelle pour la banque. «On découvrait ce que c’était une politique environnementale pour une banque», a expliqué Isham Boris Sonny.
La première politique mise en place est toutefois restée largement théorique. Une évaluation réalisée à la fin du financement a révélé que, hormis la liste des activités exclues du financement, la politique n’était pas réellement appliquée. Cette expérience a constitué un premier déclic pour le groupe. Coris a alors revu sa politique afin de l’adapter à ses propres activités et de l’intégrer au processus d’octroi de financement. Les demandes sont désormais soumises à une évaluation des risques environnementaux et sociaux, avec une classification selon trois niveaux de risque. Pour les projets présentant les risques les plus importants, des diligences environnementales et sociales sont menées afin d’identifier les risques et d’accompagner les clients dans leur réduction.
Mais la réflexion du groupe ne s’est pas arrêtée au financement responsable. En observant les évolutions sur d’autres marchés, Coris a progressivement élargi son approche à des enjeux de responsabilité plus larges, couvrant notamment l’éthique, les clients, l’environnement et le climat, les collaborateurs et les communautés.
Cette démarche a ensuite été portée au niveau du groupe avec la création d’une fonction dédiée à la durabilité. Celle-ci a été intégrée à la stratégie 2025-2027 de Coris Holding, faisant de la durabilité un axe à part entière de son développement. Le groupe cherche désormais à franchir une nouvelle étape, notamment sur le climat. Coris travaille sur l’évaluation de l’exposition de son portefeuille aux risques climatiques et prépare parallèlement une stratégie orientée vers les opportunités liées à la transition. Trois domaines sont particulièrement ciblés: la transition énergétique, l’agriculture durable ainsi que les villes, la mobilité et les infrastructures durables.
Autre chantier engagé: l’accréditation auprès du Fonds vert pour le climat. Coris Holding a soumis sa candidature en septembre 2026 et vise une accréditation en 2027. L’objectif est de pouvoir mobiliser davantage de financements climatiques au profit des économies dans lesquelles le groupe est présent. Cette transformation doit également se traduire par de nouveaux produits financiers. Coris envisage notamment le lancement d’un produit de finance islamique à composante durable en 2027, ainsi qu’une réflexion autour des green bonds. Le groupe travaille par ailleurs à la quantification de ses propres émissions de gaz à effet de serre. Une manière, selon Isham Boris Sonny, de ne pas demander à ses clients d’engager leur propre transition sans appliquer les mêmes exigences à l’institution financière elle-même.
Pour Coris Holding, le passage d’une logique de conformité à une logique de transformation reste néanmoins confronté à plusieurs obstacles. Parmi eux, l’absence, à ce stade, d’un cadre réglementaire bancaire suffisamment précis sur les enjeux de durabilité dans les marchés où le groupe opère, ainsi que les difficultés liées à la disponibilité et à la qualité des données. L’expérience présentée lors de l’African ESG Summit illustre ainsi une évolution plus large du secteur bancaire africain: la durabilité commence par la maîtrise des risques, mais tend désormais à toucher directement les choix d’investissement, les produits financiers et le modèle économique des banques.









