Le Français Henri B. Kagan et le Japonais Kenso Soai sont les lauréats du prix Nobel de chimie 2026. L’Académie royale des sciences de Suède les récompense pour leurs travaux sur les « effets non linéaires et l’autocatalyse dans la synthèse organique asymétrique ». Leurs recherches ont permis de mieux comprendre comment une réaction chimique peut favoriser une seule des deux formes miroir d’une molécule, un phénomène appelé chiralité.
Cette découverte dépasse largement la chimie fondamentale. Elle touche directement des secteurs comme la pharmacie, les arômes, les parfums et certaines applications liées aux matériaux et aux produits agrochimiques. La raison est simple : deux molécules qui sont des images miroir l’une de l’autre peuvent avoir des comportements très différents dans l’organisme. Pour les fabricants de médicaments, pouvoir produire la bonne forme avec une grande précision constitue donc un enjeu majeur.
Henri B. Kagan, né en 1930 à Boulogne-Billancourt, a travaillé à l’Université Paris-Sud. Ses recherches menées dans les années 1980 ont montré qu’il était possible d’amplifier l’asymétrie d’une réaction chimique. En 1986, il a notamment démontré l’existence d’« effets non linéaires » : la proportion des deux formes miroir présentes dans le produit final ne correspond pas nécessairement à celle utilisée au départ. Cette avancée a donné aux chimistes un nouvel outil pour obtenir des molécules chirales plus pures. Kenso Soai, né en 1950 à Hiroshima, a poursuivi cette piste à la Tokyo University of Science. Ses recherches ont conduit à une avancée encore plus spectaculaire : une réaction chimique capable de s’auto-amplifier. Dans ce processus, une petite différence initiale entre les deux formes miroir peut être progressivement amplifiée jusqu’à faire largement dominer l’une d’elles. La réaction dite de Soai peut ainsi aboutir à un produit contenant jusqu’à 99,99 % d’une seule forme.
Une découverte qui intéresse directement l’industrie
L’intérêt industriel de ces travaux se situe notamment dans la capacité à mieux contrôler la fabrication de molécules complexes. Dans l’industrie pharmaceutique, par exemple, les chercheurs cherchent à obtenir la forme moléculaire qui produit l’effet recherché, tout en limitant la présence d’une autre forme susceptible d’avoir un comportement différent.
Les outils issus des recherches de Kagan et Soai peuvent également être utiles dans la conception de nouvelles substances destinées aux parfums, aux arômes, aux produits agricoles ou à certains matériaux. L’enjeu est donc aussi celui de la précision, de l’efficacité et de l’optimisation des procédés chimiques. Leurs travaux apportent par ailleurs des éléments à une question beaucoup plus ancienne : comment la vie en est-elle venue à privilégier une seule forme de certaines molécules? Les acides aminés, par exemple, existent sous deux formes miroir, mais les organismes vivants utilisent essentiellement une seule de ces formes pour construire leurs protéines. Ce phénomène est appelé « homochiralité ».
Le Nobel de chimie 2026 distingue ainsi deux étapes complémentaires : Kagan a montré comment une asymétrie pouvait être amplifiée dans une réaction, tandis que Soai a démontré qu’une molécule chirale pouvait participer à la production de nouvelles molécules ayant la même chiralité. Ensemble, leurs travaux ont apporté une réponse à un problème qui occupait les chimistes depuis plus d’un siècle.
Henri B. Kagan et Kenso Soai se partageront le prix de 12 millions de couronnes suédoises. La cérémonie officielle de remise du Nobel se tiendra à Stockholm le 10 décembre 2026.









