Ce jeudi 1er octobre 2026, la Journée internationale du café met en lumière une filière qui pèse bien au-delà de la consommation quotidienne. En Tunisie comme ailleurs, le café est devenu un sujet de prix, d’approvisionnement, de logistique et de résilience climatique.
Une tasse de café paraît banale. La chaîne économique qui la rend possible l’est beaucoup moins. Le 1er octobre marque la Journée internationale du café, désormais reconnue par l’ONU. L’Organisation internationale du café (ICO) estime que la filière assure un revenu à environ 12,5 millions de familles agricoles dans le monde. La FAO estime, de son côté, que le secteur fait vivre jusqu’à 25 millions d’agriculteurs et leurs familles et que les petites exploitations représentent jusqu’à 80 % des fermes caféières. En 2024, la production mondiale de café a dépassé 11 millions de tonnes, pour une valeur estimée à 25 milliards de dollars. Le commerce mondial a, lui, dépassé 34 milliards de dollars. Deux pays, le Brésil et le Vietnam, représentent près de la moitié de la production mondiale.
Le café reste l’une des matières premières agricoles les plus exposées aux variations de l’offre mondiale. Météo, récoltes, stocks, coûts logistiques, taux de change et tensions géopolitiques peuvent rapidement se répercuter sur le marché.
En août 2026, l’indicateur composite de l’ICO s’est établi à 287,29 cents de dollar la livre, quasiment au même niveau que le mois précédent. L’organisation souligne toutefois les tensions liées aux perspectives climatiques, notamment les craintes concernant El Niño et les disponibilités à court terme de l’arabica. Les pluies favorables au Brésil et les anticipations d’une hausse de l’offre ont ensuite contribué à calmer la pression sur les prix. Les volumes commerciaux restent importants. Les exportations mondiales ont atteint 12,23 millions de sacs de 60 kg en juillet 2026, contre 11,84 millions un an auparavant. Sur les dix premiers mois de la campagne 2025/2026, elles sont restées quasiment stables, à 118,39 millions de sacs.
Autrement dit, le marché ne se résume pas à une hausse ou une baisse des prix. L’équilibre entre production, consommation et disponibilité devient un enjeu stratégique pour toute la chaîne.
La situation tunisienne présente une particularité importante : le pays ne dispose pas d’une production locale significative de café et dépend donc de l’approvisionnement extérieur. L’Office du Commerce de Tunisie (OCT) joue un rôle central dans cette chaîne. L’établissement public indique parmi ses missions l’approvisionnement du marché intérieur en café vert, ainsi que la constitution d’un stock stratégique couvrant généralement trois à quatre mois de consommation pour certains produits concernés. Cette organisation donne au café une dimension qui dépasse largement celle d’un simple produit alimentaire : la disponibilité dépend directement des achats internationaux, du transport maritime, des stocks et de la capacité à alimenter régulièrement les torréfacteurs et les circuits de distribution. Les tensions d’approvisionnement observées ces dernières années l’ont d’ailleurs montré. En juillet 2025, l’OCT avait lancé un programme exceptionnel destiné à améliorer l’offre de café destiné à la consommation familiale et à renforcer sa disponibilité sur le marché national.
En janvier 2026, le ministère du Commerce a encore appelé les professionnels à ne pas s’approvisionner en café de contrebande, signe que les enjeux d’approvisionnement et de distribution restent étroitement liés à la régulation du marché.
Le torréfacteur au cœur de la chaîne de valeur
Entre le café vert importé et la tasse servie au consommateur, une activité industrielle et commerciale s’organise : torréfaction, mouture, conditionnement, distribution, restauration et consommation hors domicile. Les données de l’OCT montrent concrètement l’existence de cette activité industrielle. En février 2026, l’Office a lancé un appel d’offres portant sur la torréfaction, la mouture et le conditionnement de 125 tonnes de café. Cette étape est importante pour comprendre où se trouve la valeur ajoutée. Le café est produit ailleurs, mais une partie de sa transformation, de son conditionnement et de sa commercialisation peut être réalisée localement. Pour les entreprises tunisiennes, l’enjeu n’est donc pas uniquement de sécuriser la matière première. Il est aussi de travailler sur la qualité, la différenciation, le packaging, la distribution, l’expérience client et les nouveaux formats de consommation.
La dynamique existe déjà. En février 2026, la TAP rapportait par exemple le développement de Brix Café, entreprise tuniso-italienne spécialisée dans la production de café et engagée dans une stratégie d’intégration à l’écosystème industriel international.
Le prochain risque vient aussi du climat
La vulnérabilité de la filière ne s’arrête pas aux marchés financiers ou aux chaînes logistiques. Elle commence dans les plantations.
La FAO estime que le café figure parmi les cultures susceptibles de perdre la moitié de leurs terres actuellement les plus adaptées à la production d’ici 2100, sous l’effet des changements climatiques. Cette projection ne signifie pas une disparition du café, mais elle illustre l’ampleur du défi auquel sont confrontés les producteurs. Pour les entreprises de la chaîne, cela implique progressivement de nouvelles priorités : diversification des origines, amélioration de la productivité, résilience des exploitations, gestion de l’eau, adaptation des variétés et financement des investissements agricoles. C’est précisément sur ce terrain que la notion de durabilité devient un enjeu économique et non plus seulement environnemental.
Autre piste encore sous-exploitée : les déchets issus de la filière. Selon l’ICO, l’industrie mondiale du café génère près de 40 millions de tonnes de biomasse résiduelle par an. Ces sous-produits peuvent être transformés en plusieurs catégories de produits, notamment des matériaux, des emballages ou certains produits à valeur ajoutée. Le café peut ainsi être envisagé comme une chaîne de valeur circulaire, et non plus simplement comme une matière première importée, torréfiée puis consommée.
L’ICO vient de lancer, le 30 septembre 2026, une nouvelle plateforme d’intelligence de marché qui rassemble données sur les prix, les échanges, la production et la consommation. Cette évolution traduit une tendance plus large : dans une filière aussi exposée aux chocs, la donnée devient elle-même un outil de gestion du risque. Derrière le café que l’on commande chaque matin se trouve donc un marché mondial complexe. Comprendre cette chaîne, ses vulnérabilités et ses nouvelles opportunités peut être aussi important que de suivre le prix du kilo.









