
De Tunis, puis Paris, Tokyo, Amsterdam et Doha, Hamdi Mbarek a construit son parcours au gré des laboratoires, des découvertes et des collaborations internationales. Aujourd’hui directeur de la recherche et de l’analyse des données au Qatar Precision Health Institute (QPHI), le chercheur tunisien vient d’intégrer le Conseil scientifique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui compte 21 scientifiques et experts chargés d’apporter des conseils au directeur général sur les grandes questions scientifiques et les avancées technologiques susceptibles d’influencer la santé mondiale.
Son histoire commence en Tunisie. Il grandit entre Gabès, Sfax et Sousse avant de rejoindre Tunis pour poursuivre ses études universitaires. Il se spécialise progressivement en biotechnologie, puis s’oriente vers la génétique et la biologie moléculaire. La France constitue ensuite une première grande étape. Il y effectue son doctorat en biologie moléculaire et cellulaire à l’Université d’Évry-Val-d’Essonne, avant de poursuivre ses recherches à l’étranger. Son parcours postdoctoral le conduit notamment à l’Université de Tokyo, où il travaille sur la génomique des maladies complexes, puis aux Pays-Bas, à la Vrije Universiteit Amsterdam, autour de la génétique des maladies psychiatriques et des addictions. Ces différentes étapes sont également documentées par le Qatar Precision Health Institute. Entre-temps, une expérience au Gabon lui laisse une autre leçon : celle de la comparaison des environnements de travail et de recherche. Il y découvre, dit-il, « un autre monde, une autre société et un autre pays », mais aussi des méthodes et des standards professionnels qui vont nourrir la suite de son parcours. Il ne cherche pourtant pas à construire sa carrière selon un itinéraire prédéfini. Paris, Tokyo, Amsterdam, puis Doha : chaque destination devient une nouvelle étape d’apprentissage.
La génétique des jumeaux comme terrain de recherche
À Amsterdam, Hamdi Mbarek s’intéresse notamment à la génétique des jumeaux. Il rejoint les travaux du Netherlands Twin Register et participe à des recherches internationales visant à comprendre les mécanismes biologiques associés à la naissance de jumeaux dizygotes, c’est-à-dire les « faux jumeaux ». Une étape importante intervient en 2016. Une étude publiée dans The American Journal of Human Genetics, à laquelle il participe, identifie deux variants génétiques associés à la naissance spontanée de jumeaux dizygotes et à certains mécanismes liés à la fertilité féminine. L’étude s’appuie sur des données de près de 15 000 femmes et a été répliquée sur une autre cohorte. Cette publication va donner une visibilité internationale à ses travaux. Le Qatar Foundation souligne que cette recherche a été citée dans les médias de plus de 40 pays et sélectionnée parmi les travaux considérés comme particulièrement marquants en génétique par la revue américaine sur la période 2015-2016. Mais pour le chercheur, l’enjeu dépasse la découverte de quelques variants. Comprendre les mécanismes biologiques qui se cachent derrière un phénomène permet, à terme, de mieux comprendre certains processus liés à la fertilité et à la santé humaine.
Du génome à la médecine de précision
En 2019, nouveau changement de décor : Doha. Hamdi Mbarek rejoint alors le Qatar Genome Program, avant de participer au développement du Qatar Precision Health Institute. Il en est aujourd’hui le directeur de la recherche et de l’analyse des données. Son travail s’élargit. La génétique reste au cœur de ses recherches, mais elle se combine désormais avec la génomique des populations, les données de santé, les approches multi-omiques et la médecine de précision.
L’un des enjeux qui l’intéresse particulièrement est celui de la représentativité des populations dans la recherche génétique. Pendant longtemps, explique-t-il, une grande partie des données génétiques disponibles provenait de populations européennes. Les populations arabes et nord-africaines restent, à plusieurs égards, moins représentées dans les grandes bases de données génomiques. Malgré les années passées à l’étranger, la Tunisie reste présente dans son parcours. Hamdi Mbarek dit avoir conservé un réseau de chercheurs tunisiens et suivre les évolutions de la recherche dans le pays.
Son approche n’est toutefois pas de revenir nécessairement en Tunisie pour y exercer de manière classique. Il préfère parler de collaboration : projets communs, échanges scientifiques et accompagnement de jeunes chercheurs.
Un nouveau rôle à l’OMS
Sa nomination au Conseil scientifique de l’OMS constitue une nouvelle étape dans ce parcours. Annoncée en août 2026, elle place Hamdi Mbarek parmi les 21 scientifiques et experts sélectionnés par l’organisation. Le Conseil conseille le directeur général de l’OMS sur les enjeux scientifiques prioritaires, les nouvelles technologies et les évolutions susceptibles d’avoir un impact sur la santé mondiale. Pour lui, cette nomination est moins une arrivée qu’un nouveau point de départ. Son expertise se situe précisément à la croisée de plusieurs domaines appelés à transformer la santé : génomique, médecine de précision, données de santé, intelligence artificielle et analyse à grande échelle. Son parcours raconte finalement quelque chose de plus large que celui d’un scientifique tunisien ayant réussi à l’étranger. Il raconte une génération de chercheurs pour qui les frontières entre laboratoires, pays et disciplines sont devenues beaucoup plus poreuses.
De Gabès à Doha, en passant par Paris, Tokyo et Amsterdam, Hamdi Mbarek a changé plusieurs fois de pays, de laboratoire et de sujet de recherche. Mais une constante demeure : comprendre comment la science peut mieux prendre en compte la diversité des populations et transformer les données en connaissances utiles à la santé.









