La Tunisie fait face à une situation hydrique « critique », et l’amélioration récente du niveau des barrages ne suffit pas à inverser une tendance de fond marquée par la raréfaction des ressources en eau. C’est le constat dressé par la Banque mondiale dans son nouveau bulletin consacré à l’eau, à la croissance et à l’emploi en Tunisie.
Le pays se classe actuellement au 23e rang mondial en matière de stress hydrique selon l’indice WRI Aqueduct. À long terme, la Tunisie pourrait se situer entre les 10e et 12e rangs. La disponibilité en eau douce renouvelable atteint aujourd’hui environ 380 m³ par habitant et par an, un niveau déjà inférieur au seuil de pénurie absolue fixé à 500 m³. La situation pourrait davantage se dégrader sous l’effet du changement climatique. Les projections citées par la Banque mondiale estiment que cette disponibilité pourrait tomber entre 120 et 210 m³ par habitant d’ici 2050, soit une baisse pouvant atteindre près de 70 % par rapport au niveau actuel. La pression concerne également les eaux souterraines. Leur exploitation atteindrait 133 % de leur capacité de renouvellement, tandis que plus d’un quart des prélèvements seraient effectués sans autorisation. Une situation qui accentue la pression sur des réserves dont le renouvellement est limité.
Une bonne année ne change pas la tendance
L’année hydrologique 2025-2026 a certes apporté un répit. Après cinq années consécutives de précipitations inférieures à la moyenne, le taux de remplissage des barrages, tombé à un niveau historiquement bas de 19 % en décembre 2024, est remonté à environ 60–70 % entre mars et mai 2026. Mais la Banque mondiale souligne que cette amélioration reste conjoncturelle. La fréquence des années sèches augmente et le niveau des nappes phréatiques continue de reculer dans plusieurs aquifères. Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse donc la gestion des épisodes de sécheresse. Le rapport appelle à une réponse structurelle face à une disponibilité en eau appelée à se contracter davantage, avec des implications directes pour l’agriculture, les activités économiques et, plus largement, la croissance et l’emploi.









