Un projet industriel de 450 millions d’euros veut s’attaquer à l’un des casse-têtes du recyclage textile : les vêtements composés de plusieurs matières. À Saint-Avold, en Moselle, l’entreprise américaine Circ prépare une usine capable de traiter jusqu’à 70 000 tonnes de textiles usagés par an et de récupérer leurs composants pour fabriquer de nouvelles matières. La mise en service est désormais prévue pour 2029.
Le problème paraît simple, mais il ne l’est pas. Un vêtement en polycoton, par exemple, associe du coton et du polyester. Une fois ces fibres mélangées, les séparer pour les recycler devient particulièrement complexe. C’est précisément sur cette difficulté que Circ a construit son modèle.
L’entreprise américaine a développé un procédé hydrothermal breveté capable de traiter ces textiles mélangés et d’en récupérer les différentes matières. Circ affirme que son procédé permet de récupérer plus de 90 % des matières premières introduites dans l’installation. Le coton peut être transformé en pâte cellulosique destinée à produire de nouvelles fibres, tandis que les composants du polyester sont récupérés sous forme de matières premières utilisables dans la fabrication de nouveaux produits textiles.
À Saint-Avold, l’ambition change toutefois d’échelle. Le futur site doit recycler 70 000 tonnes de textiles par an, soit environ 200 tonnes par jour. Selon la Commission nationale du débat public, le projet prévoit notamment la production annuelle de 45 000 tonnes de fibres issues du coton et de 25 000 tonnes de matières synthétiques. L’investissement annoncé atteint 450 millions d’euros.
Du pari technologique au pari industriel
Circ n’en est plus au stade de la démonstration en laboratoire. Sa technologie a déjà attiré plusieurs acteurs majeurs de la mode. Inditex, maison mère de Zara, a investi dans l’entreprise et Zara a lancé des collections intégrant des matières issues du recyclage de textiles mélangés. Circ a également noué des partenariats avec d’autres acteurs du secteur, dont H&M.
Le projet français doit maintenant permettre de passer des collaborations avec les marques à une véritable production industrielle. Circ présente Saint-Avold comme sa première grande usine de recyclage textile « textile-to-textile » destinée aux mélanges coton-polyester. L’entreprise prévoit déjà d’étendre ensuite cette capacité à d’autres régions du monde.
L’enjeu est aussi économique. Pour les industriels de la mode, disposer de matières recyclées produites à grande échelle peut contribuer à réduire leur dépendance aux fibres vierges et à sécuriser progressivement de nouvelles sources d’approvisionnement. Pour les acteurs de la collecte et du tri, cela pourrait également créer un débouché industriel pour des textiles qui trouvent difficilement preneur aujourd’hui.
Le futur site doit par ailleurs générer environ 200 emplois. Mais le projet n’est pas encore arrivé au bout du parcours. La Commission nationale du débat public suit actuellement une phase de concertation continue autour de l’installation. Le financement, les autorisations et les différentes étapes industrielles restent donc déterminants avant la mise en service annoncée pour 2029.
Si Circ parvient à faire fonctionner son procédé à cette échelle, le changement serait loin d’être anecdotique : des vêtements jusqu’ici difficiles à recycler pourraient devenir une source industrielle de nouvelles fibres. Autrement dit, l’objectif n’est plus seulement de mieux gérer les déchets de la mode, mais de transformer ces déchets en matière première pour la prochaine génération de vêtements.


