Le marché africain des centres de données entre dans une nouvelle ère d’expansion. Après Digital Realty, qui a inauguré fin octobre un centre de données à Accra, au Ghana, c’est au tour du géant américain Equinix d’annoncer un investissement de 22 millions USD pour la construction d’un nouveau site à Lagos, au Nigeria. Baptisée LG3, cette installation devrait entrer en service au premier trimestre 2026 et marquer une étape majeure dans la transformation numérique du continent.
Ce projet s’inscrit dans la stratégie d’expansion africaine d’Equinix. L’entreprise prévoit d’injecter 100 millions USD sur le continent au cours des deux prochaines années, dans le cadre d’un plan global de 390 millions USD sur cinq ans, annoncé en février 2024. Présente en Afrique depuis son entrée sur le marché en 2022, après l’acquisition du fournisseur nigérian MainOne pour 320 millions USD, Equinix a déjà étendu son réseau au Ghana, en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud, où elle a inauguré son premier centre de données en octobre 2024.
Le nouveau centre LG3 sera implanté sur Victoria Island, au cœur du hub économique nigérian. Il offrira une surface de 610 m² sur quatre étages et proposera des services de colocation et de connectivité avancée destinés aux entreprises locales et internationales.
De son côté, Digital Realty, autre géant américain de l’infrastructure numérique, poursuit également son déploiement sur le continent. Son centre d’Accra, baptisé ACR2, dispose d’une capacité informatique de 1,7 MW et peut accueillir jusqu’à 500 racks. Ce projet s’inscrit dans un plan d’investissement de 500 millions USD sur dix ans annoncé dès 2021, confirmant l’intérêt croissant des investisseurs pour l’Afrique de l’Ouest.
Ces projets illustrent un mouvement plus large: celui d’un continent en pleine montée en puissance numérique. D’après le rapport Data Centres in Africa publié par Oxford Business Group en avril 2024, l’Afrique aurait besoin d’environ 1 000 MW supplémentaires de capacité et de 700 nouvelles installations pour répondre à la demande. Le marché africain des centres de données devrait ainsi passer de 1,94 milliard USD en 2025 à 3,85 milliards USD en 2030, selon Mordor Intelligence, soit une croissance annuelle moyenne de près de 15%.
Pour l’heure, le continent ne représente encore que moins de 2% de l’offre mondiale en matière de centres de colocation, et plus de la moitié de cette capacité est concentrée en Afrique du Sud. Mais la dynamique s’accélère. Des hubs comme Lagos, Accra ou Nairobi deviennent des pôles stratégiques où se croisent innovation, talents et infrastructures.
Au-delà des chiffres, cette ruée vers les data centers traduit la course à la connectivité et à la souveraineté numérique. Les grands opérateurs mondiaux y voient un relais de croissance et un moyen de rapprocher leurs services des utilisateurs africains. Les gouvernements, eux, y perçoivent un instrument de développement et d’attractivité économique.
Pour le continent, les enjeux sont multiples: sécuriser les données localement, soutenir l’émergence d’un écosystème tech performant, et créer des milliers d’emplois qualifiés dans les métiers du cloud et des infrastructures numériques.









