Le débat autour de la mise en œuvre d’une surtaxe de 5% sur l’essence et le diesel continue d’agiter le Nigeria. Alors que l’opinion publique s’inquiète d’une nouvelle hausse des prix, le président du comité présidentiel de politique fiscale et de réformes fiscales, Taiwo Oyedele, a rappelé qu’il ne s’agit pas d’un impôt inédit, mais d’une disposition prévue depuis 2007 dans la loi amendée sur l’Agence fédérale d’entretien routier (FERMA). Selon lui, cette taxe ne prendra effet qu’à une date ultérieure fixée par le ministre des Finances et aura pour but de financer les infrastructures de transport afin de réduire les coûts logistiques et, à terme, l’inflation.
Cependant, de nombreux économistes et citoyens doutent de l’opportunité de cette mesure dans un contexte de forte pression économique. Invité sur Arise News, l’économiste et expert en énergie Kelvin Emmanuel a rappelé que le Nigeria dispose de près de 200 000 kilomètres de routes, dont seulement 65 000 km sont bitumés. Le gouvernement fédéral est responsable de 18% de ce réseau, les États de 16%, et les collectivités locales de 66%, ces dernières concentrant la majorité des routes non revêtues. Selon Emmanuel, la surtaxe pourrait générer plus de 1 000 milliards de nairas en 2025, mais le véritable enjeu réside dans la transparence de l’utilisation des fonds et la gouvernance des infrastructures.
Le contexte économique complique encore davantage la situation. Le prix du carburant a bondi de 382% en deux ans, l’inflation alimentaire dépasse 40% et l’inflation générale avoisine 32%. Le revenu par habitant est tombé sous les 800 dollars, tandis que le naira s’est fortement déprécié face au dollar, passant de 751 nairas pour un dollar en 2023 à plus de 1 500 en 2025. «Les Nigérians ont déjà énormément sacrifié, ils peinent à se nourrir et à survivre. Leur demander de payer 45 nairas supplémentaires par litre de carburant est injustifiable tant que le gouvernement n’a pas prouvé une gestion exemplaire des ressources», a dénoncé Emmanuel.
L’expert met en avant la nécessité pour l’État de rendre compte de l’utilisation des économies réalisées depuis la suppression des subventions aux carburants en 2023. Selon lui, une meilleure gestion des revenus pétroliers et une transparence accrue dans la répartition des fonds permettraient de financer les infrastructures routières sans imposer une charge supplémentaire à la population. En toile de fond, c’est la question de la confiance envers l’État qui domine: tant que les Nigérians ne verront pas une réelle exemplarité et des comptes clairs, l’adhésion à de nouvelles taxes restera fragile.









